Caroline Gennez: "Le sport, je suis née dedans"

Pierre gilissen Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le sport, je suis née dedans. Mes parents exploitaient un club, où il y a eu un peu toutes sortes de sports au fil des années. Dès que j'ai pu marcher ou ramper, j'étais sur un terrain de tennis, avec des cyclotouristes ou à la piscine. Et à 3 ans, j'avais une raquette de tennis en main." Elle semble douée et se retrouve à l'école de tennis d'Anvers, avec Sabine Appelmans et Laurence Courtois. "On était un peu des cobayes, la première génération du genre. J'ai grimpé les échelons jusqu'au niveau national. Mais apparemment, j'étais physiquement un peu plus fragile que les autres. A 14 ans, j'ai dû tout arrêter à cause d'une hernie discale." Le sport est resté un hobby, mais plutôt comme spectatrice. "J'ai regardé presque tous les matchs de l'Euro 2008. Dans les cafés à Malines, ou avec un de nos meilleurs amis, qui est hollandais. On a soutenu les Pays-Bas jusqu'au bout."

Le sport, pour elle, c'est un "plaisir sans fin", le plein d'émotions à chaque fois, et "la seule activité qui relie encore tout le monde dans ce pays : riches et pauvres, Belges et immigrés, Flamands et Wallons". Question semi-vache : de qui est-elle supporter ? De Malines, où elle est venue vivre il y a deux ans à la demande du parti, ou de St-Trond, la ville de son enfance ? La femme politique répond avec un clin d'oeil : "De Malines, sauf quand ils jouent contre St-Trond. Il y a des Malinois qui ne comprennent pas comment on peut être en même temps première échevine ici et supporter d'une autre équipe. Mais le "Limburgsgevoel" est un sentiment collectif qui n'a pas d'équivalent en Flandre." Mais c'est quoi, être Limbourgeois ? "J'aime bien y retourner régulièrement, j'étais encore la semaine dernière à Maaseik et les gens sont étonnés de voir une présidente "nationale" venir jusque-là." Mais le Limbourg, c'est un peu "la plus grande ville du pays, qui irait de la vallée de la Meuse jusqu'à mon coin de Hesbaye. On est plus chaleureux, plus accueillants, plus festifs." Oserait-on : plus wallons ? "Certains le disent. Ce qui est sûr, c'est que pour les Malinois, la grande ville, c'est Anvers, et que pour nous, c'était Liège. Pas Hasselt ni Louvain. On y allait tout le temps et je ne me sens pas étrangère en Wallonie, contrairement à d'autres Flamands. Quand St-Trond joue au Standard, c'est comme un derby : il y a 3 ou 4 000 Limbourgeois qui font le déplacement."

"Quand j'ai arrêté le tennis, j'avais besoin d'une passion. Je crois que quand on fait du sport de compétition, c'est inscrit dans le caractère. J'ai quitté l'école d'Anvers pour me retrouver à St-Trond dans une école ordinaire. Il y avait un centre pour demandeurs d'asile et je me suis proposée comme volontaire. Mais je me suis très vite rendu compte que si on pouvait aider Madame X ou la famille Y, pour faire bouger les choses à plus grande échelle, il fallait passer par la politique. A 16 ans, je me suis inscrite chez les jeunes socialistes. C'était un groupe très varié, ils organisaient des activités, des fêtes et des dîners pour récolter de l'argent."

Et puis on philosophe tard dans des cafés, et ça, ça lui a toujours plu. Dans un café à Hasselt, elle fait connaissance avec le patron, un certain... Steve Stevaert. Qui plus tard lui proposera de devenir présidente des jeunes socialistes, un poste dont personne ne voulait. "A l'époque, c'était Louis Tobback qui présidait le SP et il tirait à boulets rouges sur tout ce qui venait des jeunes socialistes. Tout le monde m'a dit que ce poste, c'était la pire manière de faire carrière au SP mais je m'en fichais. Et avec le recul, je peux conseiller cette étape à tout le monde. C'est comme un parti en réduction. On apprend tout mais de manière ludique. J'étais la seule fille et la plus jeune personne au sein du bureau du parti." Une belle époque, à l'entendre. "On était encore boulevard de l'Empereur avec le PS. On passait des heures à refaire le monde jusqu'aux petites heures de la nuit à "La fleur en papier doré", juste à côté".

Est-ce qu'au départ, elle a hésité entre le SP et d'autres partis ? Elle dit que non. Pour elle c'était une évidence, au nom de principes d'égalité, de fraternité. Elle n'est pas née dans un "nid socialiste", même si à la maison - et au club de sport - on discutait forcément politique de temps en temps et que, connaissant son père, elle suppose qu'il votait socialiste. "Maintenant, en tout cas, il le fait", ajoute-t-elle en riant.

Sa famille n'avait rien d'une smala. Enfant unique, fille de deux enfants uniques. Ils vivaient avec les grands-parents sous le même toit. "J'étais une enfant du dimanche", commente-t-elle. Très entourée. Un peu garçon manqué aussi (elle en a gardé une aversion pour le shopping). Et maintenant ? Ahem. Secret défense : on ne la prendra pas à étaler sa vie privée dans les médias, un piège où d'autres ont pu tomber. Elle n'a pas d'enfants, mais deux filleul(e) s qu'elle voit beaucoup et elle "ne voudrait pas être un animal politique idiot, sans amis, coupée de la réalité humaine comme le sont certains collègues. Cela me paraîtrait idiot". On ne creusera pas davantage, c'était convenu comme cela.

Et puis très vite aussi, une autre envie, celle d'aller voir au-delà des frontières et des images du JT. "J'ai fait sciences po et j'ai étudié la politique internationale. Bien sûr, il y a de la pauvreté et de la misère en Belgique mais c'est encore tellement plus terrible dans les autres pays". A 18 ans, elle prend son sac à dos et passe plusieurs mois en Palestine et en Israël : "Jérusalem m'a toujours fascinée, bien que je ne sois pas du tout croyante. C'est le nombril du monde, une ville relativement petite où quatre mondes se rencontrent, où les enjeux sont tellement grands que l'histoire s'y écrit sans cesse. Là-bas, j'ai vu ce qu'une force d'oppression pouvait faire à une population opprimée. Quand on voit ce peuple, le plus émancipé du Moyen-Orient, vivre dans une sorte de prison à ciel ouvert, on ne peut que se révolter et prendre parti pour lui. J'ai longtemps été obsédée par cette question. J'ai travaillé pour des ONG, j'ai fait mon mémoire sur le conflit israélo-palestinien et j'ai longtemps gardé un abonnement au "Jérusalem Post"".

Plus tard, elle étudie 6 mois en Irlande. "C'était bizarre. J'ai retrouvé ce même sentiment d'exclusion sur base de la religion, autour de questions de territoire." Difficile de ne pas embrayer sur la question communautaire. "Je trouve presque criminel que certains osent faire la comparaison. Je suis attachée à ce pays et le fait qu'il y ait deux peuples pour un seul pays ne me paraît pas être un problème. Mais ces derniers temps, on arrive juste à s'énerver mutuellement et la politique a une énorme responsabilité là-dedans." Et de renvoyer dos à dos politiques wallons "qui continuent à défendre la Belgique de papa" et flamands "de plus en plus crispés dans un esprit de clocher. On n'entend plus les voix modérées", déplore-t-elle. "Dans les sondages, ce sont ceux qui crient le plus fort qui cartonnent : le CDH en Wallonie et la Lijst Dedecker en Flandre". Elle avoue aujourd'hui préférer la vie municipale (où elle doit pourtant travailler avec un bourgmestre qui n'est autre que le président des libéraux flamands, Bart Somers) à celle du 16 rue de la Loi. "Cela fonctionne de mieux en mieux. Gérer une ville, ce n'est pas tellement une question d'idéologie. Après tout, il n'y a pas 36 manières de réaménager une rue..."

Pierre gilissen

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