Belgique

C’est une hypothèse : si l’Ostendais Johan Vande Lanotte devait échouer dans sa mission de conciliateur royal, Albert pourrait se rabattre sur l’ambassadeur américain en poste à Bruxelles : Howard Gutman. C’est que, dans un cable diplomatique classifié "secret" et mis en ligne par l’organisation WikiLeaks, Howard Gutman, un proche du président Barack Obama, fait preuve de pédagogie pour expliquer l’inextricable conflit entre francophones et Flamands qui mine la Belgique.

Ce long cable diplomatique, envoyé par l’ambassade américaine de Bruxelles à Washington le 24 novembre 2009 à 14 h est en réalité un briefing très détaillé à l’attention de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en prévision de sa visite à Bruxelles les 3 et 4 décembre 2009. "Votre visite se passe alors que la Belgique va occuper une place clé en Europe puisque Herman Van Rompuy vient d’être désigné président du Conseil européen ", lit-on dans ce document. "Vous aurez des entretiens avec le prochain Premier ministre Yves Leterme et avec le prochain ministre des Affaires étrangères, qui sera plus que probablement Steven Vanackere."

Bref. C’est au chapitre 5 - intitulé "Pic politique dans les tensions régionales" - de ce mémo diplomatique que les diplomates américains dépeignent la crise politique belge. "Avec trois Régions, trois Communautés linguistiques, sept Parlements et une myriade de partis politiques, la politique belge et la répartition des pouvoirs requiert une série de compromis délicats et compliqués", lit-on dans ce cable. "Herman Van Rompuy, bien que Flamand, est l’un des politiciens qui semblait capable de gagner la confiance des Belges francophones et des Belges flamands. Son successeur le plus probable, Yves Leterme, est plus identifié comme Flamand et ne bénéficie pas de la même réputation."

Et les Américains de se lancer dans une explication de BHV : "Un problème difficile est Bruxelles-Hal-Vilvorde, ou BHV, qui symbolise et porte une puissance émotionnelle inhabituelle en Belgique. Essentiellement, il s’agit de savoir si les résidents de la périphérie bruxelloise devraient vivre et voter sous le contrôle flamand ou avoir un régime spécial de droits sociaux et politiques francophones. Cette question a empêché la formation d’un gouvernement après les élections de 2007 et n’a toujours pas été réglée depuis lors." Toutefois, pronostiquent les diplomates américains, " un effort particulier devrait être tenté pour essayer d’arracher un compromis final avant mars 2010. Et si les négociateurs échouent à parvenir à un accord, cela pourrait menacer la coalition de Leterme dans la première partie de l’année." Et de conclure : "Les politiciens belges veulent à tout prix éviter les ennuis durant la présidence de l’Union européenne, [ce qui devrait] les motiver à effectuer les compromis nécessaires, mais il n’y a pas de garantie qu’ils y parviendront."

Le reste du cable évoque notamment la demande de soutien belge pour l’élection de Louis Michel au poste de président de l’AG de l’Onu. Manqué : "Nous ne donnons jamais de réponse à ces demandes", explique le mémo.