Belgique

A 59 ans, Michel Leys est directeur du Bureau de conseil en lisibilité, au sein de l'Institut de formation de l'administration fédérale. C'est avec passion qu'il y effectue, depuis onze ans déjà, un travail très utile à la simplification administrative.

Comment êtes-vous devenu responsable de ce Bureau?

Il a été créé le 1er mai 1992, dans le contexte de la Charte de l'utilisateur des services publics qui énumérait les droits des usagers. Elle indiquait notamment qu'un citoyen a le droit de recevoir un texte compréhensible. Il avait été décidé que les fonctionnaires pouvaient nous consulter pour les aider à rédiger de cette façon. Avant cela, j'étais responsable des cours de deuxième langue. Un jour, un agent m'a demandé ce que l'administration faisait dans ce secteur. J'ai constaté qu'elle ne faisait rien et j'ai commencé à m'y intéresser, à chercher, à écrire des articles. Le ministre Louis Tobback en a eu connaissance. Son cabinet m'a contacté et nous avons vu ce qu'il était possible de faire.

En quoi consiste votre mission?

Notre activité principale est d'aider les fonctionnaires qui s'adressent à nous et souhaitent rendre leurs textes plus faciles à comprendre. Au début, nous faisions aussi du conseil en langue (par exemple sur le fameux accord du participe passé des verbes pronominaux) mais nous ne pouvons plus.

Quand vous dites «nous», cela représente combien de personnes?

Pour l'instant, plus qu'une. Nous étions six et je suis le seul survivant.

Pourquoi?

C'est une décision de la hiérarchie. Le service a été supprimé en juin 2002, mais il y a eu pas mal de réactions de gens qui le regrettaient. J'ai donc pu reprendre fin juillet 2002. D'abord à deux; puis un et demi; mais maintenant tout seul.

Vous aviez l'impression d'être trop nombreux à six?

Non.

Vous n'êtes donc plus assez nombreux?

Disons que pour l'instant, je fais ce que je peux. Surtout que c'est pour les deux langues. L'espoir, c'est que la démarche s'installe dans chaque service.

Le changement de ministre pourrait modifier la donne?

Je l'ignore. Je n'ai aucun signal de ce côté là.

Quelles administrations ont accès à vos conseils?

En principe, notre public-cible, ce sont les fonctionnaires fédéraux. Mais je suis parfois interrogé par une commune, une Région, une Communauté, des juges... Si nous avons le temps, nous traitons ces dossiers.

La démarche est donc volontaire et pas du tout systématisée...

Tout à fait. Il s'agit uniquement de gens qui ont la modestie de penser que leurs textes peuvent être améliorés. Ils viennent sur base volontaire et il ne s'agit que de conseils. L'auteur décide de les utiliser ou pas.

Combien de cas examinez-vous chaque année?

Une centaine environ, en général. Mais c'est très variable: cela va d'une toute petite lettre à la totalité de la correspondance d'un service.

Est-ce qu'il y a des services qui font davantage appel à vous?

Non. Ou peut-être plus ceux qui sont davantage en contact avec le public, car ils en ressentent plus le besoin et subissent plus directement les conséquences, comme les réclamations.

Vous avez des clients réguliers?

Disons «officieusement» réguliers: des gens convaincus que je peux apporter quelque chose. Soit le rédacteur du texte, soit un chef de service...: il n'y a pas de règle. J'ai un peu mes fidèles, qui reviennent car ils sont satisfaits. Je suis très content de ce système, car finalement ce sont eux qui sont demandeurs. Il y en a parfois qui viennent parce que leur hiérarchie le leur impose, mais qui sont moins motivés, donc moins tentés d'utiliser mes avis. Ceux qui trouvent que c'est une perte de temps ne viennent pas. Les meilleurs résultats résultent de la collaboration avec les auteurs des textes.

Vous avez le sentiment que votre travail est reconnu?

J'ai aidé l'Onem à revoir la communication de ses décisions aux chômeurs et j'ai eu des échos de tribunaux du travail indiquant qu'il y a nettement moins de recours depuis. Ça fait plaisir évidemment. Et j'ai des contacts avec l'étranger, en France (le ministère de la Fonction publique), en Suisse (le canton de Vaux), au Québec (plutôt du côté de la justice), principalement de gens qui ont trouvé des informations sur Internet et avec lesquels un échange d'expériences s'installe. J'ai aussi assuré des formations pour des magistrats: sur 18 évaluations, 12 indiquaient qu'ils seraient davantage attentifs à la façon dont le justiciable perçoit et comprend leurs décisions. C'est cela l'essentiel après tout: que la démarche s'installe partout.

Vous êtes parfois sollicité par des usagers?

Non. Nous sommes tournés vers la source. Le citoyen, c'est le client indirect: il s'adresse à l'administration; et elle vient vers nous. Je me sens vraiment très utile au citoyen de base, celui qui n'a pas forcément la formation suffisante pour s'en sortir face à un texte administratif. Mais il faut trouver l'équilibre, le juste milieu: on ne peut pas non plus sortir des textes bébêtes. Rendre un texte facile à comprendre demande beaucoup de travail et quand c'est fait, on ne s'en rend plus compte. On voit quand c'est mal rédigé mais pas quand c'est bien, car ça paraît évident. Je parie qu'on vous a déjà reproché d'écrire des choses difficiles mais jamais félicité si c'est bien compréhensible.

© La Libre Belgique 2003