Belgique

De nombreux Belges - hommes politiques, syndicalistes ou simples citoyens - ont rallié Paris dimanche pour participer à la "marche républicaine" organisée à la suite des attentats qui ont frappé la France la semaine dernière.

Dès 08H30, le quai Thalys de la gare du Midi était particulièrement bondé. Parmi les passagers figurait notamment le ministre Jan Jambon, qui se rendait à une réunion des ministres de l'Intérieur organisée à l'initiative de son homologue français Bernard Cazeneuve.

De nombreux anonymes étaient également présents, la plupart affichant des slogans de solidarité envers les victimes des attentats commis la semaine passée en France, dont le désormais célébrissime "Je Suis Charlie".

Côté politique, outre le Premier ministre Charles Michel, qui a ouvert la marche en compagnie du président français François Hollande et d'une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, le ministre-président wallon Paul Magnette était présent dès la mi-journée au lieu de départ du cortège, place de la République. Il a souligné sur Twitter "l'atmosphère de grande gravité" qui y régnait.

La délégation MR, dans laquelle figurait notamment le bourgmestre d'Etterbeek Vincent De Wolf, était emmenée par le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine et le député wallon Jean-Luc Crucke.

Le président du cdH Benoit Lutgen avait également fait le déplacement. Il était accompagné, entre autres, par la ministre francophone de l'Enseignement Joëlle Milquet. "C'est un moment d'émotion, de partage. C'est l'expression de la puissance et de la force des valeurs fondamentales et universelles que sont la liberté, la liberté d'expression, la tolérance, la lutte contre toutes les formes de racisme, de xénophobie,... C'est aussi un rassemblement de citoyens venus de toute l'Europe, de convictions et générations différentes. C'est la plus belle réponse aux actes barbares de cette semaine. C'est le plus bel hommage que l'on pouvait rendre aux victimes. Tous ensemble, nous devons agir pour lutter contre le terrorisme", a souligné M. Lutgen dans un communiqué.

Ecolo était représenté par la députée bruxelloise Isabelle Durant.

Côté flamand, le ministre de l'Economie Kris Peeters et son président de parti Wouter Beke faisaient également partie du cortège.

Parmi d'autres personnalités belges ayant rallié Paris ce dimanche figurait notamment le secrétaire général de la fédération européenne des journalistes Ricardo Gutiérrez.


Des anonymes venus en nombre

Le Thalys arrive doucement en gare du Nord, à Paris, en fin de matinée. Une foule compacte en sort. On repère rapidement ceux qui viennent pour la manifestation : ils sont nombreux.

Un quadragénaire semble pressé. Vous venez pour la manifestation ? "Evidemment", lâche-t-il, avant de courir attraper un taxi. Non loin de là, Benoît est moins pris par le temps. Il est arrivé bien tôt, a pris le train de 6h30 depuis Namur. "Sur un coup de tête, samedi, j’ai pris mon billet. Cette marche, c’est le symbole de la liberté. Le fondement de notre culture. Il fallait que je sois ici, et pas à Bruxelles, ça ne me serait pas venu à l’idée", lâche-t-il. Guy, 41 ans, habitant de Nivelles, ne se voyait nulle part ailleurs, ce dimanche, alors qu’il débarque sur les quais de la grande gare du Nord de la capitale française. "Pour moi, c’est ici que se trouve le cœur de l’émotion", poursuit cet homme qui dit "ne jamais manifester".

Etre à Paris pour marquer le sursaut

Le sentiment d’un moment important, d’une journée historique, d’un événement dont il faut être. Vouloir participer. Etre acteur, et non plus spectateur. Hier, la peine semblait quitter les visages pour donner, de nouveau, la place à des sourires. Ceux du sursaut.

Elsa est française. Son compagnon, Patrick, est belge. Le couple et ses trois enfants, Simon, Uria et Solal, vivent ensemble à Bruxelles. Ils sont venus défiler à Paris, donnant sa couleur familiale au rassemblement. "On n’avait pas prévu d’être là et on a pris des billets de Thalys pour tout le monde. Je voulais transmettre à mes enfants l’idée de résistance, d’une liberté qui n’est jamais complètement gagnée. Un journaliste de ‘Charlie’ (Luz, NdlR), a dit qu’il était contre cette manifestation. Je comprends sa position mais c’est important pour nous tous d’être là", lâche Elsa. Son compagnon veut lancer un message. "J’étais à Paris au moment de la prise d’otage. Ces événements touchent des acquis éternels. Le terrorisme, c’est la peur qui nous habite tous. Aujourd’hui, il faut se rapprocher de la communauté musulmane. C’est à eux que je pense très fort."

Quand on demande à leurs enfants pourquoi ils sont là, l’aîné, âgé de 9 ans, a cette réponse naïve et vraie : "Pour qu’il n’y ait plus de violence."

Puis, les Belges quittent la gare et se fondent dans la foule pour se diriger vers la place de la République, lieu de rassemblement de ce mouvement historique. Là, plus rien ne les distingue des autres participants, français, européens, africains, asiatiques. Tous ceux qui étaient là se sentaient d’abord défenseurs de valeurs, pas de pays. Une communion exceptionnelle qui fera date.