Belgique

La gaffe de trop. Le Premier ministre Charles Michel (MR) a annoncé lundi après-midi son intention de prendre "une sanction proportionnée" contre le prince Laurent. On évoque une sanction financière équivalant à environ 10 % sur sa dotation royale en 2017. Et "c’est en concertation avec le Roi que le Premier ministre a pris la décision de demander une sanction", a précisé dans la foulée le porte-parole du Palais royal. Le chef du gouvernement et le chef de l’Etat se sont parlé lundi. Ils sont sur la même longueur d’onde. La réprobation est donc totale dans les hautes sphères du pays.

Et dire que la dernière maladresse de Laurent aurait pu passer totalement inaperçue… Le 29 juillet dernier, il décide de publier une photo de lui sur le réseau social Twitter. On le voit, vêtu de son uniforme d’officier de la Marine, en présence de dignitaires étrangers lors d’une cérémonie en l’honneur du 90e anniversaire de l’armée chinoise. L’événement s’est déroulé le 19 juillet à l’ambassade de Chine à Bruxelles. Et ce n’est que ce lundi, une grosse semaine après la publication de la photo, que plusieurs journaux flamands ont levé le lièvre, se demandant si le Prince avait reçu l’autorisation du gouvernement pour participer à un tel événement.

Pour sa défense, Laurent a fait savoir lundi qu’il avait répondu à "une invitation personnelle". Mais cela ne change rien au fond du problème. La loi de 2013 prévoit que tout membre de la famille royale qui perçoit une dotation royale (à savoir Laurent, Astrid et Albert II) doit avoir l’autorisation expresse du ministre des Affaires étrangères avant de rencontrer le représentant officiel d’un Etat étranger. Contacté lundi, le cabinet du ministre Didier Reynders (MR) indique ne pas avoir été mis au courant. Même réponse dans l’entourage du Premier ministre.

En présence d’un amiral belge

Charles Michel a donc demandé à ses conseillers de l’informer sur le contexte précis de la cérémonie. Il est apparu assez vite qu’il s’agissait d’un événement officiel, donc non exclusivement privé. On en veut pour preuve, outre la tenue militaire portée par Laurent, la présence de l’amiral Wim Robberecht, le commandant de la Marine belge. Selon le service presse de l’armée, l’amiral avait été invité par l’attaché de Défense chinois en raison de l’arrivée le 14 septembre de trois navires de la marine chinoise dans le port d’Anvers (deux frégates et un navire de ravitaillement). Ils y resteront jusqu’au 19 septembre.

Si le Premier ministre et le Roi estiment que la nouvelle "affaire" Laurent ne s’apparente certainement pas à un scandale d’Etat, c’est l’accumulation des bourdes qui irrite - doux euphémisme - les deux hommes. En janvier dernier, Charles Michel avait déjà dû rappeler au Prince ses obligations légales, alors qu’il avait rencontré quelques semaines plus tôt de hauts représentants sri-lankais sans avoir eu, au préalable, l’autorisation du ministre des Affaires étrangères. Le Premier ministre l’avait menacé de sanction. Le couperet est tombé…

Concrètement, M. Michel entendra Laurent en septembre, lui laissant l’opportunité de se défendre. Ensuite, une sanction sera prise par le gouvernement sous la forme d’une retenue sur sa dotation (donc pas une réduction définitive) ou via le paiement d’une pénalité. De combien ? Certainement plus que l’euro symbolique. En janvier 2016, le Prince avait dû rembourser 16 000 euros de dépenses non autorisées au départ de sa dotation. A très bonne source, on nous indique que ce sera au moins autant, plus probablement autour des 10 % du montant de la dotation en 2017 (308 000 euros). On avoisinerait donc les 30 000 euros.

La N-VA, de son côté, a plaidé lundi pour une interruption de la dotation du Prince. Les Jeunes CD&V réclament même sa suppression.