Belgique

ENTRETIEN

Ne lui dites surtout pas qu'elle arbore un signe religieux: elle vous rétorquera - avec raison - qu'il s'agit d'un couvre-chef et pas du foulard islamique. Echevine Ecolo à Molenbeek, Mariem Bouselmati (39 ans), d'origine marocaine «mais née à Bruxelles», n'a pas sa langue en poche. «C'est vraiment un objet vestimentaire, sans plus. Comme le noeud papillon d'Elio Di Rupo»

Mais pourquoi porter un tel bonnet? «C'est vraiment un choix philosophique, d'ordre privé, que j'ai posé il y a dix ans, après la mort de mon papa. J'insiste: ça n'a aucune consonance religieuse, je n'ai jamais porté de fichu islamique! C'est un bonnet universel qui pourrait être porté par une mama congolaise ou juive. Il représente la neutralité: c'est important à dire, surtout quand on travaille dans la fonction publique.»

Foulard et jeans moulant

Avant d'entrer en politique (d'abord comme conseillère communale, en 1994), Mme Bouselmati était directrice d'un centre de formation. «Quand un employeur, de bonne foi, vous demande ce que ce bout de tissu représente pour vous, si vous voulez travailler ou faire du prosélytisme, ce sont des questions justes, auxquelles il faut répondre clairement». A l'époque, le conseil d'administration, satisfait des réponses de la jeune femme «coiffée», a voté son engagement à l'unanimité. L'échevine Ecolo est souvent interpellée par rapport au voile. «Tant qu'une jeune fille le porte de son plein gré, pour moi, il n'y a aucun problème. Mais si c'est imposé soit par le mari, soit par toute la clique paternelle, je crie haut et fort: ça ne va pas!».

Des adolescentes moulées dans des jeans ou des petites robes cintrées mais obligées de porter le foulard, cela existe; dire le contraire est un déni de la réalité, qui resurgit quand il y a des problèmes. «Elles n'ont plus de repères. Porter un voile et fumer dans les toilettes de l'école, cela n'a aucun sens, c'est absurde! Ces adolescentes font n'importe comment quand elles subissent ces pressions. Là, je dois dire que je ne suis pas d'accord. C'est à nous, démocrates, de clarifier le débat. Je parle au nom de ces jeunes filles qui ne portent pas le voile et je les encourage à ne pas le porter si elles n'en veulent pas».

Mais il ne faut pas noyer le poisson: on se leurre en se focalisant sur le foulard islamique, «qui est pour moi un épiphénomène». En d'autres termes, la discrimination à l'embauche, par exemple, ne se résume pas au port ou non du voile. La preuve par un petit sondage dans sa permanence sociale à Molenbeek: sur 120 CV en rade, 80 émanent de garçons allochtones de plus de 18 ans, diplômés, qui ne portent pas de foulard...

Si on en parle tant, de ce fameux voile, c'est parce que l'extrême droite musulmane essaie de récupérer le débat et de «remonter» les troupes, analyse Mariem Bouselmati. Avec des discours du type: «vous avez le droit de mettre votre foulard à l'école et vous pouvez aussi le porter «à la ninja» (recouvrant entièrement le visage, NdlR), il n'y a pas de problème, on est en démocratie».

«Mais c'est faux!»

A ces adolescentes en recherche, on ne propose pas un discours vrai et démocratique, regrette la mandataire Ecolo. «Ces jeunes filles ne trouvent pas d'hommes et de femmes progressistes musulmans pour leur dire: ce n'est pas grave si vous ne portez pas le foulard, ce n'est pas grave de l'enlever à l'entrée de la classe; ce qui est important, c'est d'aller au bout de votre parcours d'instruction publique».

Les démocrates d'origine marocaine n'osent pas tenir cette position: «Ils croient qu'en s'attaquant à l'extrémisme musulman, ils risquent de perdre leur électorat. Mais c'est faux! On va se piéger nous-mêmes!»

D'autant que l'extrême droite musulmane ne recule devant aucun moyen, de préférence insidieux, pour dénoncer, par exemple, un employeur d'origine juive «qui ne vous acceptera jamais avec votre voile». On retombe alors dans les préjugés dangereux parce qu'il n'y a pas de communication, dénonce Mariem Bouselmati. Une porte ouverte sur les dangereux replis identitaires.

© La Libre Belgique 2005