Comment éviter les écoles ghettos ?

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

A la prochaine rentrée, les élèves musulmanes portant le foulard seront inscrites dans une poignée d’écoles officielles de la Communauté française, à Bruxelles (surtout) et en Wallonie. C’est aussi vrai en Flandre.

Jusqu’ici, les partis ont laissé aux directions d’écoles le soin de prendre la décision d’autoriser ou de refuser le port du foulard dans les classes. Cette (non- ?) politique s’est traduite concrètement par une tendance croissante à interdire le port de signes convictionnels à l’école. Plus de 90 % des établissements de l’enseignement officiel ont intégré cette interdiction dans leur règlement d’ordre intérieur.

Petit à petit, l’interdiction du foulard est devenue la norme tant à Bruxelles qu’au nord et au sud du pays. Dommage collatéral : les jeunes filles voilées se trouvent de plus en plus concentrées dans quelques écoles-ghettos. Avec tous les effets pervers que cela entraîne : risque de prosélytisme, rupture de l’égalité garçons-filles Exemple récent : deux athénées flamands (Anvers et Hoboken), pourtant réputés pour leur pédagogie ouverte et axée sur la diversité, ont fait savoir que le port du voile ne serait plus autorisé à partir de septembre.

Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) estime que le statut quo actuel "a atteint ses limites" et appelle à "un débat large et serein" dans lequel le politique s’engage et ne laisse plus la responsabilité de ce choix aux seules écoles. "L’autonomie laissée aux établissements scolaires n’est pas une solution à long terme ; elle engendre frustrations et confusion", prolonge le directeur francophone, Edouard Delruelle. Pour le Centre, les politiques doivent "oser remettre en question ce principe d’autonomie" sur la question du voile. "Vouloir régler le problème à coups de règlements d’ordre intérieur n’est plus souhaitable", déclarait M. Delruelle après la dernière polémique à Anvers.

C’est aussi l’avis de six intellectuels (Abdelhgani Ben Moussa, militant associatif ; Hajer Missaoui et Mehmet Saygin, juristes ; Hava Yildiz et Inès Wouters, avocates ; Michael Privot, islamologue) à l’initiative du collectif neutralité.be. Fin avril, ce groupe de réflexion a fait des propositions concrètes aux politiques pour régler la question du port du foulard dans l’enseignement officiel de la Communauté française (lire ci-contre).

Ces textes ont été adressés aux quatre partis démocratiques. Ecolo - le seul à s’opposer clairement à l’interdiction du port du foulard à l’école - considère que ces deux propositions, par les conditions et limites dont elles entourent l’autorisation du port du voile dans les écoles, sont équilibrées et respectent la Constitution belge comme la Convention européenne des droits de l’homme, qui prônent le respect des convictions religieuses ou philosophiques. Dans sa réponse, Jean-Michel Javaux, coprésident d’Ecolo, ajoutait : "Nous n’hésiterons donc pas à les utiliser comme base de discussion dans le cadre d’une négociation de participation gouvernementale à la Communauté française", sans - forcément - garantir la conclusion d’une telle discussion.

Voici donc qu’Ecolo négocie avec deux partenaires, PS et CDH, dont les positions sont moins tranchées. "Jusqu’à présent, on a toujours gardé la position de laisser la liberté de choix aux directions d’écoles, en fonction du contexte dans lequel chaque établissement évolue, précise-t-on au PS. Dans la grande majorité de cas, cela pose peu de problèmes sur le terrain." Pour le PS, les enjeux de l’interculturalité dépassent largement la question du voile. Lors d’une table ronde organisée par le parti en novembre 2008 sur l’école et l’interculturalité, les nombreux orateurs allaient tous dans le même sens : la priorité réside dans la mise en place et le partage de bonnes pratiques du vivre ensemble, rappelle-t-on au boulevard de l’Empereur.

Cela étant, suite à la récente prise de position du Centre pour l’égalité des chances, qui appelle à un engagement du politique, le PS se dit "prêt à ouvrir le débat avec l’ensemble des acteurs concernés : profs, élèves, éducateurs, parents "

Pour la présidente du CDH, Joëlle Milquet, "il n’est pas souhaitable de prendre une disposition générale pour l’ensemble de l’enseignement officiel" sur la question du port du foulard. En réponse à neuralite.be, le CDH indiquait qu’il fallait préserver l’autonomie des directions d’école et leur liberté de choix "quant à leur projet pédagogique et leurs codes de conduite en la matière". Le CDH renvoie donc le débat aux Assises de l’interculturalité qui seront lancées le 21 septembre prochain pour six mois par Mme Milquet, sous sa casquette de ministre (fédérale) de l’Egalité des chances. Ces Assises devront permettre de soumettre des propositions concrètes à tous les niveaux de pouvoir. "Le port du foulard fera certainement partie des questions abordées dans ce cadre."

Annick Hovine