Belgique

L’entreprise publique a besoin d’un changement de loi pour utiliser des appareils dotés de caméras thermiques.

Dix heures de retard par jour. C’est la conséquence, rien que pour le mois d’octobre (!), des vols de câble qui pullulent sur le rail depuis le mois de juin. Des faits délictueux dont l’impact se répercute sur des victimes collatérales : les finances d’Infrabel, le gestionnaire du réseau - un seul vol coûte en moyenne entre 15 000 et 20 000 euros -, mais aussi son personnel et les navetteurs. Ce mardi soir, dans une prairie de Ham-sur-Heure-Nalinnes, Infrabel lançait un appel à peine déguisé au législateur en faisant voler, hors de vue du pilote, un drone civil doté de caméras thermiques infrarouges. Le message est simple : Infrabel est prête à utiliser des drones et la technologie le lui permet. Mais des obstacles législatifs subsistent.

© Benjamin Brolet

Un changement de législation

En effet, deux interdictions entravent les ambitions de l’entreprise publique. Primo, un pilote ne peut faire voler un drone sans être en contact visuel avec son appareil. Secundo, l’utilisation de caméras de surveillance mobiles dans des lieux ouverts est très limitée par la loi caméras. Grâce à la démonstration de ce mardi soir, exceptionnellement autorisée par la Direction générale du transport aérien, l’entreprise publique, visiblement démunie, adresse ainsi une missive aux décideurs politiques. "C’est une solution à laquelle nous pensons depuis longtemps. Mais jusqu’ici, ce n’était pas justifié. À la lumière de la recrudescence des vols de câble, notre demande est aujourd’hui légitime. Il s’agit d’une solution technologique au coût raisonnable alors que le problème devient immense pour l’entreprise", explique Frédéric Sacré, porte-parole d’Infrabel.

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Les chiffres vont dans ce sens. En 2017, 104 vols ont été recensés sur le rail. Entre juin et octobre de cette année, 225. Aujourd’hui, Infrabel ne peut plus parler, comme elle le fait depuis le Plan d’action national de lutte contre les vols de câble lancé mi 2013, "d’épiphénomène". L’installation de caméras pour surveiller les 7 000 kilomètres du réseau ferroviaire étant trop coûteuse, la police des chemins de fer n’ayant pas de ressources en suffisance, le remplacement des câbles de cuivre par des câbles en aluminium n’étant pas toujours possible et l’alternative d’enterrer les câbles dans le béton pour les protéger étant trop laborieuse en cas de panne… En quelques mois, l’utilisation de drones est rapidement apparue comme la meilleure des solutions pour mettre la main sur les bandes organisées, ces gros poissons qui en attirent de plus petits, constatant que le crime reste impuni.

Dans la prairie où se déroule le test, les policiers sont enthousiastes. Sans appui aérien, déjouer les actions des voleurs dans la nuit noire est difficile, voire impossible. Et une action policière qui couvrirait tout le territoire n’est pas envisageable : les policiers ne peuvent en effet que se concentrer sur les hotspots, où les vols sont réguliers. "Si le test est concluant et que la législation est modifiée, c’est tout bénef’ pour tout le monde", commente Stéphanie Silvestre, commissaire-divisionnaire de la police des chemins de fer (SPC). Pour l’instant, la SPC utilise un hélicoptère avec caméras thermiques. Un outil précieux mais bien trop onéreux. "Si un drone est moins cher, plus rapide et donne des résultats probants, voire meilleurs... Pourquoi pas ! Cela pourrait aussi nous aider à lutter contre le trespassing", juge la commissaire-divisionnaire.

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Trois à quatre vols par mois

À terme, Infrabel souhaite réaliser trois à quatre vols par mois avec le soutien au sol de la police des chemins de fer pour détecter les comportements suspects et intervenir. Mais pour l’instant, le drone, inaudible et invisible une fois en l’air, s’en va traquer les agents d’Infrabel, partis courir le long des voies pour "jouer aux voleurs". Sous la tente dressée pour l'occasion, les équipes de la police et d’Infrabel se pressent devant le grand écran qui diffuse les images prises par le drone, croisant visiblement les doigts pour que leur message soit entendu. Pas de chance, le test s'avère finalement peu concluant. Les images sont pixelisées et sautent sans arrêt. Impossible de repérer les équipes déployées sur la ligne 132 Charleroi-Mariembourg.Delair, l'entreprise qui a développé le drone, évoque soit un problème de transmission, soit un problème lié au froid : le drone serait resté trop longtemps à l'extérieur avant la démonstration. Déçue par le résultat du test, Infrabel campe toutefois sur ses positions et juge que la surveillance aérienne à l'aide d'un drone constitue un véritable atout.

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