Belgique

La nomination d'un nouvel administrateur général de la Sûreté de l'Etat, en 2002, s'était faite dans un contexte difficile dû au caractère très négatif d'un audit effectué sur la gestion du service de renseignement civil mais également à la méthode utilisée pour sélectionner le futur chef. En lice, surtout: Koen Dassen (réputé VLD, proche du Premier ministre Verhofstadt et alors chef de cabinet Duquesne, à l'Intérieur) et Jean-Claude Leys (réputé MR, mais non dénué d'appuis au PS; avocat général à Mons).

Ce dernier avait un temps paru devoir l'emporter. D'abord parce que le mandat inachevé de son prédécesseur laissait, en théorie, la direction de la Sûreté aux francophones pour deux ans encore. Magistrat expérimenté, Leys bénéficiait du soutien de Louis Michel, qui avait annoncé faire de cette nomination «son» dossier, en tant que chef de file du MR. Koen Dassen, néerlandophone et perçu comme plus politique mais aussi comme gestionnaire capable, était un autre des candidats de valeur. Il avait finalement obtenu le poste. Le problème, qui n'est pas là, réside dans le fait que la candidature de Leys avait été torpillée sur une base étonnante. Un journaliste (alors souvent en contact avec M. Michel) du «Soir Magazine» avait semblé partir en guerre contre le magistrat...

L'affaire avait pris un tour à ce point insistant que le Comité R avait été chargé de démêler le vrai du faux et avait produit un document dont les éléments, repris dans son rapport annuel 2004, viennent d'être divulgués. Or, s'ils interpellent, ce n'est à propos de M. Leys, mais de ce journaliste (non nommé dans le rapport, Philippe Brewaeys est aisément reconnaissable).

Un exemple. L'un des prétextes de la campagne «anti-Leys» fut qu'il était en relation suivie avec Eric Van de Weghe. Pas tant parce que ce dernier, d'abord inculpé et arrêté par Leys pour escroquerie, était ensuite devenu son ami: l'ancien juge avait prévenu lui-même sa hiérarchie et s'était déporté du dossier, la chose était bien connue. Ce que mettait en exergue le journaliste à charge de Leys, c'était que Van de Weghe avait eu des contacts avec la Sûreté avant d'être écarté à cause d'un manque de fiabilité. Or, le Comité R relève au contraire que, selon ses agents traitants, «les informations fournies par (Van de Weghe) se sont toujours révélées correctes» et qu'il était une «très bonne source d'information». Ces agents n'avaient donc pas compris l'interdiction qui leur fut faite de le fréquenter.

Les raisons de son éviction ne semblent donc pas du tout être celles mentionnées par le journaliste, note le Comité R qui n'a, en 18 auditions à la Sûreté, pas relevé d'élément concret allant dans le sens indiqué par M. Brewaeys à ce sujet. Mais qui a en revanche relevé des contacts de ce journaliste à la Sûreté (lire aussi ci-dessus) et qui estime, en conclusion, qu'on «pourrait se trouver en présence d'indices d'une action concertée (...) en vue de s'opposer à la candidature» de Leys. D'autant que le comité met encore en relation «les faits décrits par l'auteur de l'article» et «l'interdiction de contact» avec Van de Weghe. Or, cette mise à l'écart, dès lors artificielle mais présentée comme rédhibitoire, fut un des leviers utilisés pour donner à Leys un caractère sulfureux.

Naïveté de Louis Michel? Il avait en tout cas laissé choir son candidat in extremis, au profit de M. Dassen et du VLD.

© La Libre Belgique 2005