Comment l'affaire Agusta-Dassault a fait chuter Guy Spitaels et Co

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Belgique

On a parfois reproché à la cellule Cools - chargée d'enquêter sur l’assassinat du socialiste André Cools - de s'être égarée en route dans divers dossiers. Peut-être. Mais lorsque l'affaire Agusta déboule, à l'occasion de premières perquisitions menées le 13 janvier 1993 au siège belge du groupe italien et chez son lobbyman officiel, Georges Cywie, la cellule ne le fait pas par distraction, mais parce que divers éléments faisaient alors penser qu'il y avait là de quoi expliquer l'assassinat d'André Cools. En octobre 1990 déjà, André Cools disait à un membre de la presse que Georges Cywie «deviendrait un jour très intéressant». Au mois de juin 1991 encore, Cools boudait ostensiblement l'inauguration du site Agusta à Bierset (l'une des compensations économiques faisant suite à l'achat par la Belgique de 46 hélicoptères de combat type A 109).

Comme de surcroît plusieurs membres du PS avaient rappelé que des «commissions» étaient arrivées là où elles ne devaient pas (André Cools en attendait pour son parti) et que d'autres encore estimaient que Cools entendait «casser le contrat», il était logique que la cellule investigue dans cette voie. Qui allait prendre une dimension étonnamment spectaculaire.

Trois Guy dans la tempête

On se souvient par exemple de l'épisode des «trois Guy» (Coëme, Spitaels et Mathot, seul ce dernier sortant blanc de l'affaire), démissionnant en cascade en janvier 1994, après que la levée de leur immunité parlementaire eut été demandée.

Mais le lien avec l'assassinat s'estompe, pendant que l'évidence d'une corruption de mandataires publics grandit et, très vite, la Cour de Cassation se joint à l'enquête, parce que plusieurs anciens ministres, Guy Coëme (Défense nationale) et Willy Claes (Affaires économiques) paraissent impliqués.

Fille de l'affaire Cools, l'affaire Agusta devenait elle-même mère de l'affaire Dassault, mêlant au financement occulte du PS celui du parti frère, le SP. Ils avaient en commun comptes secrets et personnages discrets... L'opinion publique n'en revient pas.

La presse passe des nuits entières devant les locaux de la cellule Cools. Les têtes les plus hautes tombent les unes après les autres. Guy Spitaels n'est plus «simili-Dieu», comme on l'appelait en référence au surnom de François Mitterrand. Il devient un «simple» suspect, dont on se demande parfois s'il ne va pas rejoindre en prison le grand argentier du PS, Fernand Detaille, ou les comptables et membres sulfureux du SP (Guido Triest, Johan Delanghe, etc.). C'est l'époque où on apprend que Frank Vandenbroucke, l'ancien président du SP et actuel ministre de l'Emploi et des Pensions, voulait brûler 6 millions de francs d'argent sale. Celle où on apprenait que Cywie (qui fut finalement épargné par la justice et qui demande d'ailleurs maintenant un dédommagement pour ses mois de détention préventive «inopérante») avait assuré que «ceux qui étaient pro-français (NdlR: l'Aérospatiale) et qu'il fallait acheter, c'était les Flamands, et c'est pour cela qu'on a acheté Willy Claes».

Acheter Claes qui, nommé bien imprudemment secrétaire général de l'Otan dans l'intervalle, devra finalement démissionner le 20 octobre 1995, assez lamentablement, en traitant du haut de sa superbe la Belgique de «république bananière». Guy Coëme (PS) déguste tout autant mais, assez lâchement, tente de mouiller ses subalternes pour se tirer du mauvais pas -là où Spitaels fera le contraire. Sale ambiance.

C'est l'époque où la Belgique frissonne en découvrant qu'elle n'est pas épargnée par la corruption et le mensonge. Finalement, la Cassation ne fait pas dans le détail en condamnant, le 23 décembre 1998, les douze accusés de l'affaire Agusta-Dassault. Claes écope de 3 ans (avec sursis) et est interdit durant 5 ans de la fonction publique. Coëme et Spitaels prennent 2 ans (idem pour le reste). Et Serge Dassault écope de 2 ans avec sursis.

Toujours est-il que, côté Cools, la piste Agusta n'a rien donné.

© La Libre Belgique 2003

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