Belgique Après avoir fustigé la peine à perpétuité du système judiciaire belge, Maître Bruno Dayez avait indiqué être "en campagne" pour envisager une libération conditionnelle de Marc Dutroux. Ce lundi, il s'en prend aux conditions de détention de son client, tout juste vingt ans après une évasion qui avait fait grand bruit.

Le juriste prévoit, dit-il dans les colonnes de Sudpresse, d'alerter la direction générale des prisons et d'assigner l'Etat belge devant la cour européenne des Droits de l'homme, en raison du durcissement du régime imposé au détenu de 61 ans. Un traitement digne de celui imposé à "une bête féroce", juge Me Dayez.

Le calendrier de ces propos n'est donc pas anodin. Il y a vingt ans, jour pour jour, le 23 avril 1998, Marc Dutroux s'évadait . En début d'après-midi, il profitait de l'inattention de deux gendarmes qui l'accompagnait pour prendre la fuite alors qu'il était au Palais de justice Neufchâteau pour consulter ses dossiers.

Il sera retrouvé quelques heures plus tard dans le bois de Chiny à la suite d'un déploiement exceptionnel des forces de l'ordre. Cette évasion a provoqué une onde de choc sans précédent.

Deux jeunes ministres prennent leurs responsabilités

Très vite, l'information parvient au parlement, où les deux ministres Stefaan De Clerck, en charge de la Justice, et Johan Vande Lanotte, responsable de l'Intérieur, démissionnent. Une action forte

"Si l'institution fait des fautes, c'est le chef qui est responsable même s'il n'a pas commis de faute" explique à la RTBF M. Vande Lanotte. "Ce n'était pas le ministre qui est responsable si un gendarme est distrait et laisse s'enfuir Dutroux. Mais si j'étais resté, mon autorité aurait été nulle."

Un acte fort, puisque la carrière ministérielle des deux hommes venait de commencer dans le gouvernement Dehaene II. Tous deux ne subiront pas les conséquences de ce manquement, et poursuivent leur carrière respective jusqu'à ce jour.

Les coudées franches de l'opposition

Dans l'opposition, fortement teintée du bleu libéral, l'occasion aurait pu être belle pour s'en prendre à l'équipe de M. Dehaene. Pourtant, comme l'explique Louis Michel, président du Parti réformateur libéral (PRL), "il fallait sortir du jeu de la politique classique, majorité contre opposition". Les libéraux décident alors de jouer la carte de la solidarité avec la majorité pour réformer la justice. "Il y avait une responsabilité particulière à assumer et il fallait montrer que le PRL qui était dans l'opposition depuis 87 était un parti responsable. Nous devions jouer totalement et sincèrement le sens de l'État."

Cela mènera aux accords Octopus, regroupant les socialistes, les chrétiens-démocrates, les libéraux et les écologistes francophones et néerlandophones, pour la refonte de la police et de la gendarmerie, qui disparaît comme la police judiciaire. A la place, une collaboration entre les polices fédérales et locales est mise sur pied.