Belgique Un criminel albanais a échappé in extremis à une longue incarcération car il était en séjour illégal.

C’est, au minimum, un malheureux concours de circonstances. Et, au pire, une faille à corriger au plus vite. La conséquence en est qu’un dangereux criminel, qui aurait eu sa place en prison, a été expulsé, vers son pays natal, l’Albanie, où il y coulerait des jours heureux.

Le lièvre, si l’on peut dire, a été débusqué par La Dernière Heure après la mise à jour la semaine dernière de la liste des “Most Wanted”, les criminels les plus recherchés.

Safet Rustemi, un Albanais de 33 ans, y figure. Or, s’il n’est pas derrière les barreaux, c’est parce la Belgique l’a expulsé en juin 2017.

Safet Rustemi avait pourtant été condamné le 25 janvier 2017 à neuf ans de prison par la cour d’appel de Bruxelles dans le cadre d’un dossier de proxénétisme et extorsion. Il faisait partie d’un clan, dirigé par un de ses frères, qui avait tenté de faire main basse sur le quartier de prostitution de l’Alhambra à Bruxelles. Après avoir sévi en Albanie, le clan s’était rabattu sur la Belgique.

L’arrestation immédiate de Safet Rustemi n’avait pas été ordonnée car il avait assisté à toutes les audiences. Son avocat avait introduit un pourvoi en cassation, arguant d’une erreur sur la date de naissance.

Libéré sous caution

Safet Rustemi ne s’était pas rangé pour autant : en mai 2017, il était arrêté dans le cadre d’un trafic de cocaïne. La chambre des mises en accusation l’a libéré sous caution. Elle a été fixée le montant à 25 000 euros.

Safet Rustemi s’est empressé de payer. L’administration pénitentiaire a demandé à l’Office des étrangers quel devait être son sort car il n’était pas en ordre de séjour. L’Office des étrangers a décidé, vu qu’il s’agissait d’un délinquant qui avait déjà reçu un ordre de quitter le territoire, de l’expulser. Il a d’abord été placé en centre fermé avant qu’il n’y ait une place sur un vol Bruxelles-Tirana.

L’Office des étrangers n’a en effet accès qu’au casier judiciaire et non aux banques de données policières. Vu que le pourvoi en cassation de Rustemi était toujours à l’examen, la condamnation de janvier 2017 n’y était pas répertoriée. Le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, Theo Francken, a pour sa part rejeté la responsabilité de cette expulsion sur la justice et la police qui n'ont pas signalé à ses services une nouvelle condamnation de l'individu. “Nos services ont suivi toutes les procédures”, s’est-il défendu mercredi.

Depuis lors, Safet Rustemi a été condamné par défaut en février dernier à deux peines distinctes de huit ans et cinq ans dans les dossiers de trafic de cocaïne qui lui avait valu son arrestation en mai 2017.

Il apparaît que d’Albanie, il continue à gérer ces trafics en Belgique. Ce qui justifie d’autant plus son placement sur la liste des “Most Wanted”. Ce qui, en retour, met la pression sur les autorités albanaises pour qu’elles se décident à intercepter Rustemi.


"L'obsession de Francken pour les expulsions met notre sécurité en danger", juge Ecolo

"L'obsession de Theo Francken d'expulser le plus rapidement possible les personnes sans titre de séjour, même lorsqu'il s'agit de criminels plusieurs fois condamnés en Belgique, met la sécurité des Belges en danger", a estimé mercredi le député fédéral Benoît Hellings (Ecolo)

D'après l'écologiste BenoÎt Hellings, le gouvernement fédéral fait toutefois fausse route avec sa politique systématique d'expulsions. "Expulser des criminels hors de nos frontières est totalement irresponsable. Cet homme a été condamné plusieurs fois en Belgique. L'envoyer en Albanie revient à détourner les yeux des problèmes qu'il pose en espérant qu'ils disparaissent comme par magie. Or, ce n'est pas ça qui se passe, ces criminels ont tous les moyens d'entretenir leurs réseaux à distance, voire de revenir discrètement en Belgique. En aucun cas, cette façon de faire ne protège la population belge des agissements de ces personnes dangereuses", estime-t-il.