Belgique

Ce mardi, Rodrigue De Keuster, condamné, le 20 octobre 2016, par le tribunal correctionnel de Namur, à 20 ans d’emprisonnement pour le meurtre d’Anne Polidor, en mai 2003, à Mornimont, a été acquitté de ces faits par la cour d’appel de Liège. Les magistrats ont considéré qu’il existait un doute raisonnable quant à sa culpabilité.

La cour a estimé que l’analyse d’éléments ADN qui avaient confondu De Keuster n’était pas suffisamment fiable. Elle a aussi relevé que la victime présentait une trace d’égorgement réalisée par un droitier alors que Rodrigue De Keuster est gaucher. Elle n’a pas suivi le parquet général qui a requis 20 ans de prison, insistant sur le caractère impulsif du prévenu, sur ses nombreux antécédents et sur le risque de récidive.

Ainsi s’achève, sour réserve d’un pourvoi en cassation, une affaire particulièrement sordide. Retour en arrière: le 8 mai 2003, l’ex-mari de Mme Polidor découvre, dans un tunnel, à quelques mètres d’un sentier pédestre reliant la gare de Moustier-sur-Sambre au village de Mornimont, le corps de son ex-femme, 41 ans, maman d’un petit garçon et considérée par tous ses proches comme une femme gentille, courageuse et aimante.

La quadragénaire avait l’habitude d’emprunter ce chemin pour aller au travail, dans une entreprise adaptée de Jambes, et rentrer chez elle le soir. A côté du corps, la police trouve un bloc de béton considéré comme l’arme du crime ainsi qu’une bûche et deux objets ensanglantés. Les affaires personnelles de la victime sont éparpillées mais au complet, ce qui éloigne la piste du vol. Il n’y a pas eu d’agression sexuelle.

Selon les analyses faites par le médecin légiste, la victime a subi une tentative d’égorgement à l’aide d’un couteau. Une série de coups lui auraient été portés avant qu’elle ne soit achevée à l’aide du bloc de béton.

L’enquête commence. Le premier suspect est le mari de la victime, Etienne M. Une décision de non-lieu est prise à son égard en 2008. Cette année-là, les enquêteurs s’intéressent de plus près à Rodrigue De Keuster, qui vient d’être condamné à 5 ans de prison pour un viol commis...dans le sentier où Mme Polidor a été tuée.

Le passé de De Keuster plaide contre lui. En 2003, il avait 18 ans et habitait chez ses parents à...Mornimont. Il empruntait le tunnel du crime pour se rendre à la gare, portait régulièrement un couteau sur lui et avait déjà un lourd passé judiciaire, ayant été convaincu d’avoir tué sa grand-mère, à coups de couteau, à l’âge de 13 ans. Mais les choses ne vont pas plus loin.

Il faudra attendre novembre 2014 pour que le dossier rebondisse. De Keuster est interpellé. Il a été inquiété dans une nouvelle agression sexuelle. Son ADN est comparé avec celui relevé sur l’arme du crime commis en 2003. Les deux traces sont identiques.

Le 20 octobre 2016, le tribunal correctionnel de Namur le condamne Rodrigue De Keuster à 20 ans de prison pour le meurtre d’Anne Polidor. Le tribunal retient un certain nombre de circonstances, dont la personnalité psychopathique et narcissique du prévenu, l’extrême gravité des faits et la violence de ceux-ci, les dommages moraux subis par la famille et en particulier par Etienne Mignon, longtemps soupçonné du meurtre.

Le tribunal prend également en compte le comportement du prévenu pendant l’enquête, ses mensonges, ses versions contradictoires et ses tentatives vaines pour manipuler les enquêteurs. Il retient la proximité entre le logement du prévenu et le lieu du crime et le fait que De Keuster portait systématiquement sur lui un couteau.

Enfin, malgré l’écart de temps entre les faits et le jugement, le tribunal n’estime pas que le délai raisonnable soit dépassé. Il suit donc le réquisitoire du parquet.

On connaît la suite.