Belgique

C'est écrit en jolies lettres de couleur, enluminées de petits animaux sympathiques : "Bienvenue à la crèche Dorémi". Bienvenue, c'est vite dit ! C'est que pour entrer dans cette crèche située au sein de l'école secondaire St-Joseph de Jambes, il faut montrer patte blanche. A côté de la porte d'entrée, un petit boîtier fait office d'agent de sécurité. Le visiteur est invité à y placer son pouce ou son index. Le petit voyant lumineux passe au vert ? La porte se déverrouille et vous êtes effectivement le bienvenu. Il reste bleu ? La porte restera close. Vous êtes bons pour aller faire signe à la fenêtre pour vous annoncer. On l'a testé !

Ce mardi matin, comme tous les matins, la maman du petit Lorik accomplit la démarche sans sourciller et pénètre dans le sanctuaire. Il n'y a que deux semaines que ce système de contrôle des empreintes digitales a été installé. Dorémi est l'une des toutes premières crèches en Communauté française à s'être laissées convaincre par cette technologie développée par la société Easydentic. Pourquoi ? Faut-il y voir une conséquence de la tuerie perpétrée il y a peu dans une crèche de Termonde ? Pas vraiment, non. "Il s'agit surtout d'empêcher les élèves de secondaires de pénétrer, explique Delphine Mathieux, directrice administrative de la crèche. "Certains venaient se cacher ici pendant les cours." "Avant, n'importe qui pouvait rentrer", confirme la maman de la petite Célestine. "Ce contrôle, c'est vraiment très bien. Cela nous rassure un peu et on s'y est fait". Et donner ses empreintes digitales, n'est-ce pas dérangeant ? "Non, cela ne m'inquiète pas".

Le grand-père d'Emilien la rejoint sur ce point. "Donner ses empreintes, ce n'est pas un problème, raconte-t-il. Vous savez, la vie privée, à l'époque d'Internet, il n'y en a plus beaucoup !"

"On aurait pu donner un badge à chaque parent", argumente la directrice. "Mais un badge, on peut l'oublier à la maison. C'est une puéricultrice qui doit alors venir ouvrir la porte. Pendant ce temps, elle ne reste pas avec ses enfants. Le pouce, logiquement, on ne l'oublie pas."

Effet Termonde

"Nous avions le projet d'installer ce système depuis plus d'un an", poursuit Delphine Mathieux. "Mais cela a pris du temps, notamment parce qu'une maman a justement soulevé le problème du respect de la vie privée. Nous avons donc consulté l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE), et puis organisé une réunion de parents avec un représentant d'Easydentic et des responsables de l'ONE. Ensuite, nous avons envoyé un courrier à tous les parents, avec un talon à remplir, dans lequel ils marquaient leur accord et donnaient les noms des personnes dont on encoderait l'empreinte digitale pour accéder à la crèche." Papa, maman, mamy, grand frère... pour peu qu'il ait 18 ans.

La réunion de parents eut lieu peu de temps après la virée meutrière de Kim De Gelder à Termonde. Sans doute cela a-t-il convaincu les derniers indécis. Monique Wolf, infirmière à Dorémi : "Vu l'événement, je pense qu'on est bien tombé. Ceci dit, une sécurité de 100 pc, ce n'est pas possible. Ce qui s'est passé à Termonde, cela peut se passer n'importe où. Il suffit qu'un intrus suive de près un parent."

Du reste, il ne s'agit pas de faire de la crèche un bunker coupé du monde extérieur. "Il faut assurer la sécurité des enfants, mais ne pas en faire une prison", commente Mme Wolf, rejointe sur cepoint par l'ONE (lire l'épinglé). Il ne s'agit pas non plus de contrôler les allées et venues du personnel. "Ce n'est pas un pointage caché", assure Mme Mathieux. Le personnel n'a pas l'air de le craindre, lui qui semble tout aussi conquis que les parents par le nouveau filtre à l'entrée. Un seul papa, semble-t-il, a émis quelque critique. "Il estimait inutile d'investir de l'argent là-dedans", rapporte une des puéricultrices. "Mais quand je lui ai dit qu'on nous l'offrait, il s'est ravisé".

Offert ? Pas exactement. En fait, la firme Easydentic a proposé des conditions intéressantes à l'une ou l'autre crèche afin de se faire connaître dans un nouveau créneau. Comme il l'avait fait auparavant avec des écoles. Tout profit pour la sécurité des petits bouts de la crèche Dorémi, chez qui il est désormais devenu plus difficile de perpétrer un acte malintentionné. Plus difficile, pas impossible .

© La Libre Belgique 2009