Belgique

On attendait un tremblement de terre ou une tornade en Wallonie : le monde politique sort bousculé des élections du 7 juin, mais les mouvements sont moins profonds et, pour partie même, très différents que ceux qui étaient attendus. En Wallonie, il y a deux vainqueurs clairs. Le premier est inscrit dans les chiffres : Ecolo double son score par rapport aux régionales de 2004. Cette progression, aussi importante soit-elle, ne constitue pas une surprise. Ecolo était au plus bas en 2004. Le parti a été redressé sous le pilotage conjoint de Jean-Michel Javaux et d’Isabelle Durant. Que ce soit en Wallonie, à Bruxelles ou à la Communauté française, les Verts seront les incontournables des prochains gouvernements régionaux et communautaire. Ils ont les atouts dans leur jeu. Le vrai coup de théâtre concerne le Parti socialiste. Loin de subir la déroute qui se profilait, le PS d’Elio Di Rupo n’enregistre qu’un recul limité. C’est plus qu’un soulagement pour les militants et les élus socialistes. Cela sonne même comme un choix fondamental de l’électorat wallon : celui de la solidarité et de la sauvegarde des priorités sociales, privilégié par rapport à une approche libérale mise à mal depuis qu’a éclaté la crise financière. Elio Di Rupo revient de loin. Il a visé juste, dans la dernière ligne droite de la campagne, en focalisant sur un débat gauche-droite et en brandissant le scénario catastrophe d’un bain de sang social en cas de victoire du MR. Il a touché au cœur d’une partie importante des Wallons, effrayés à l’idée de connaître des lendemains plus difficiles encore que les problèmes qu’ils affrontent aujourd’hui. Il a réussi à resserrer les rangs, à faire revenir vers lui les sympathisants déçus par les affaires récentes et tentés par un vote alternatif ou par l’abstention. Il a, en quelque sorte, fait le plein de ses fidèles. A l’issue du duel entre Di Rupo et Reynders auquel celui-ci appelle vigoureusement depuis des mois, le leader socialiste sort incontestablement renforcé. Car le MR n’est pas parvenu à faire basculer le centre de gravité en Wallonie et à en devenir le numéro un. Pour Didier Reynders qui voit même le MR doublé par Ecolo sur ses terres liégeoises, le coup est rude : il perd le combat avec lequel il galvanise ses troupes depuis deux ans. Echec cinglant, même si Didier Reynders trouvera la consolation à Bruxelles où le PS passe sous le MR. Il lui reste aussi l’espoir d’être en tête en Communauté française. Le leadership wallon du PS ouvre assez naturellement la perspective d’un "Olivier", gouvernement rassemblant socialistes, Ecolos et humanistes. Les militants verts devraient se sentir plus à l’aise dans ce projet que dans une alliance penchant à droite avec le MR. En direction de Javaux et des siens qui auront leurs exigences en matière d’éthique, Di Rupo a déjà annoncé hier soir qu’il prendra des initiatives importantes dans ce domaine. Pour le CDH, enfin, qui disparaît du podium wallon, le quasi statu quo doit néanmoins lui permettre de jouer un rôle de stabilisateur dans le futur gouvernement wallon. Ni gagnant ni vraiment perdant, il peut être l’appoint utile d’une nouvelle majorité.