Belgique

Pour les jurés de la cour d’assises de Bruxelles-Capitale, il n’y a aucun doute raisonnable : Noureddine Cheikhni, Galip Kurum et Hassan Iasir sont bien les auteurs du home-jacking sanglant commis la nuit du 3 au 4 décembre 2007 à Lot au domicile de la famille Sacoor, à l’issue duquel une jeune inspectrice de police, Kitty Van Nieuwenhuysen, 24 ans, a perdu la vie.

Au cours de cette nuit fatale, les truands, qui appartiennent au milieu du grand banditisme de Charleroi, ont d’abord tenté de voler une camionnette. Sans y parvenir. Ils ont alors voulu repartir avec le véhicule qui les avait conduits à Lot, une Volvo volée à Thuin trois semaines plus tôt. Qui a refusé de redémarrer. Deux policiers qui patrouillaient à bord d’un combi ont eu l’attention attirée par ce véhicule aux feux éteints dont s’échappaient plusieurs individus. Les trois malfrats se sont ensuite cachés dans l’allée latérale d’une maison, repérant une Peugeot qui y était garée. Deux d’entre eux ont pénétré par effraction au rez-de-chaussée, faisant sauter la serrure. Le plus petit n’a pas hésité à faire feu sur Ismaïl Sacoor, le père de famille qui tentait de faire déguerpir les intrus. S’emparant des clés du véhicule, ils sont sortis, en tirant encore sur M. Sacoor. Entre-temps, le combi de police repassait devant la maison. Le troisième homme, qui faisait le guet armé d’une kalachnikov AK47, a canardé le véhicule de police, visant la jeune Kitty à la tête et ne lui laissant aucune chance. Au volant, son collègue Peter Van Stalle, également touché, a miraculeusement échappé à la mort.

Pour les jurés, ces faits portent la signature des trois accusés. La motivation épouse très fidèlement - c’est presque un copier-coller - le réquisitoire de l’avocat général, Bernard Dauchot. Le jury évoque ainsi la présence de l’ADN de chacun des accusés sur des outils contenus dans un sac et d’autres objets retrouvés dans la Volvo volée abandonnée à Lot. Kurum n’a donné aucune raison plausible; Iasir, des explications fluctuantes; et Cheikhni a finalement reconnu avoir maquillé la voiture après avoir défendu mordicus qu’il ne l’avait jamais touchée.

Les devoirs de téléphonie ont montré, juste avant les faits de Lot, de nombreux contacts entre les trois hommes, pour lesquels ils ne donnent aucune explication plausible, poursuivent les jurés. En revanche, au moment des faits de Lot, les accusés n’ont plus aucun contact téléphonique. Autre élément confondant retenu par le jury : le fait que tous les trois aient quitté le pays le surlendemain, de façon précipitée, pour des motifs qui n’apparaissent pas crédibles - l’avocat avait qualifié leurs explications de "brinquebalantes" Ces départs ne sont justifiés que par la crainte de rester en Belgique suite aux faits commis à Lot. Autant de présomptions qui les désignent tous trois comme auteurs au-delà de tout doute raisonnable.

Il est pertinent de dire que Cheikhni est entré le premier dans la maison des Sacoor et que Iasir, décrit comme plus costaud par la victime, se soit emparé des clefs de la Peugeot. Ce dernier est le seul à avoir parlé au moment des faits... et le seul à avoir refusé le test de reconnaissance vocale. Kurum, resté dehors, a délibérément tiré sur le combi de police. Dans le box, l’intéressé secoue la tête en signe de dénégation.

La présidente de la cour d’assises, Karin Gérard, poursuit la lecture de la motivation : il n’existe aucun doute quant à la volonté de tuer, vu l’angle et la distance de tir et l’arme utilisée. Mais pas question d’exonérer Iasir et Cheikhni de la mort de Kitty : la circonstance aggravante de meurtre doit également être retenue contre eux. Au moment des tirs, ils se trouvaient dans la Peugeot qui effectuait une marche arrière; ils savaient que Kurum avait une arme de guerre; ils connaissaient les conséquences possibles; ils ne se sont à aucun moment désolidarisés du tireur. Le jury a suivi le même raisonnement pour la tentative de meurtre sur la personne de Peter Van Stalle.

Les accusés ont également tous été reconnus coupables du vol de la Volvo au préjudice du garage Antoine à Thuin, la nuit du 15 au 16 novembre 2007, de même que du vol d’une plaque minéralogique à Gerpinnes, la nuit suivante. On a retrouvé cette plaque sur la Volvo à Lot.

Les débats sur la peine se tiendront ce mardi.