Belgique

L'opposition écologiste a dénonce mercredi l'accord sur l'encadrement pédagogique alternatif (EPA) intervenu au sein de la majorité PS-cdH en Fédération Wallonie-Bruxelles concernant les élèves qui choisiront l'année prochaine d'être dispensés des cours de morale et religion. Pour les Verts, le gouvernement "s'entête à semer la pagaille dans les écoles tout en n'apportant aucune réponse crédible à l'arrêt de la Cour constitutionnelle".

"Mettre en place un véritable cours à la rentrée 2015-2016 est trop difficile, du coup, la majorité PS-cdH bricole à la va vite un cours sans contenu ni moyens. Et tant pis pour les difficultés d'organisation que cela entraîne pour les écoles. Tant pis pour les enseignants! Tant pis pour les élèves qui seront livrés à eux-mêmes entre septembre 2015 et janvier 2016! Nous souhaitons pour nos enfants un véritable cours de philosophie, d'histoire des religions et de citoyenneté construit et réfléchi par les acteurs de l'école. Cela prend du temps alors prenons le temps mais arrêtons cette politique à la petite semaine", lance dans un communiqué le chef de groupe Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Christos Doulkeridis.

Pour Ecolo, la gestion de ce dossier démontre que le PS et le cdH ont "du mal à se mettre d'accord et à bousculer les anciens clivages sur cet enjeu pourtant si important".

"Plutôt qu'un cours de rien mal ficelé, Ecolo propose de reporter d'un an la mise en application de l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Le temps de mettre en place un véritable cours de philosophie, d'histoire des religions et de citoyenneté pour tous les jeunes, quel que soit leur âge et l'école fréquentée, en les rassemblant pour traiter des questions de sens", conclut le communiqué des Verts.

Pour le MR, l'accord sur l'EPA est un "véritable casse-tête pour les écoles"

L'opposition MR en Fédération Wallonie-Bruxelles a dénoncé mercredi l'accord intervenu au sein du gouvernement PS-cdH. "Le PS voulait l'EPA pour septembre 2015, le cdH pour la rentrée 2016. L'EPA sera finalement mis en place en janvier 2016. Bref, on a littéralement coupé la poire en deux pour qu'aucun partenaire de la majorité ne perde la face: un véritable compromis à la belge, mais un bel imbroglio pour les directeurs d'écoles. La mise en pratique va être un véritable casse-tête pour les écoles", prédit dans un communiqué la cheffe de groupe MR au Parlement, Françoise Bertieaux.

Quant à l'instauration annoncée dès 2016 de deux heures de cours de citoyenneté pour ceux qui le désireront, le MR rappelle que cette idée avait ses faveurs "depuis longtemps" déjà, mais s'interroge mercredi sur sa mise en pratique concrète.

"Quid des référentiels et contenus entre EPA et citoyenneté? Quid de la progression du cours de citoyenneté si certains suivent deux ehures et d'autres une heure seulement? Quid des locaux supplémentaires dans les écoles pour dispenser à la fois religion(s), morale, EPA et citoyenneté? ", interrogent les réformateurs.

Après l'avancée du gouvernement sur les cours de citoyenneté, ceux-ci s'interrogent désormais sur l'utilité du groupe de travail créé il a quelques semaines au sein du Parlement pour réfléchir à l'introduction de ces cours de citoyenneté.

"C'était un travail important, nécessaire et de très haute qualité que nous saluons. Mais le gouvernement ne semblait pas du même avis puisqu'il a tranché sans attendre les conclusions (attendues la semaine prochaine, ndlr), méprisant ainsi tout le travail effectué par ce groupe de travail", déplore le MR.

"Ce groupe de travail avait vu le jour à la demande expresse de la majorité PS-cdH et avait pour but de se pencher sur les référentiels, les contenus, le nombre d'heures et la mise en pratique d'un cours de citoyenneté. Il est clair que ce n'était qu'une mascarade destinée à gagner du temps pour un gouvernement qui s'empêtrait dans ses négociations", conclut le communiqué.

Les FDF critiques sur l'EPA, mais saluent la "très bonne avancée" sur la citoyenneté

Les FDF, dans l'opposition en Fédération Wallonie-Bruxelles, ont critiqué mercredi l'accord sur l'encadrement pédagogique alternatif, tout en qualifiant de "très bonne avancée" l'introduction de deux heures de cours de citoyenneté dans l'enseignement officiel à partir de 2016.

Les FDF déplorent que le gouvernement ait consacré "tant d'énergie à faire en sorte que les élèves soient renvoyés à l'étude durant les trois premiers mois de l'année scolaire prochaine, pour ensuite gloser sur le prétendu contenu de cette énorme coquille vide".

Pour le parti amarante, un renforcement en littérature pour les élèves concernés aurait constitué une transition idéale qui répondait à l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Cette solution aurait eu le mérite de pouvoir être enseigné par "de nombreux titulaires en fonction, sans connotation confessionnelle, et avec une réelle plus-value pédagogique pour tous les élèves.

En revanche, les FDF, qui depuis des mois réclamaient avec force le remplacement des cours de morale et religion par des deux heures de cours de citoyenneté dans l'enseignement officiel, se montrent nettement plus positifs envers la décision du gouvernement d'introduire la possibilité d'avoir deux heures de citoyenneté dès 2016 dans le primaire, et 2017 dans le secondaire.

"C'est une très bonne avancée par rapport la déclaration de politique communautaire (qui ne prévoyait qu'une heure seulement de cours de citoyenneté, ndlr)", reconnaît la députée bruxelloise et de la Fédération, Joëlle Maison.

"Mais il subsiste toujours une heure de religion (par semaine). Les enfants seront donc toujours séparés sur base de la conviction de leurs parents", déplore-t-elle.

Selon l'élue, cette modification dans l'organisation des cours convictionnels devrait logiquement entraîner sur le long terme une réduction de la fréquentation des cours de religions dans les écoles officielles, une évolution qu'elle voit d'un bon oeil.

"L'aboutissement d'un combat de plusieurs années", se réjouit le PS

Le Parti socialiste s'est félicité mercredi de la décision prise par le gouvernement de la Fédération Wallonië-Bruxelles. "Il s'agit de l'aboutissement d'un combat de plusieurs années pour le PS", se réjouit le parti dans un communiqué. "Les enfants (auront) désormais le droit de suivre un véritable cours d'éducation philosophique, de réflexion éthique et de citoyenneté responsable", salue-t-il.

Le PS se félicite dans la foulée qu'un accord ait pu être trouvé au sein de la majorité concernant l'encadrement pédagogique alternatif (EPA) qui sera effectif "dès la prochaine année".

"Cela signifie que les élèves auront, comme prévu par la Cour constitutionnelle, la possibilité de ne choisir ni le cours de morale, ni le cours de religion, mais d'opter pour un préambule au cours de citoyenneté", souligne le PS.

"Il faut à présent tout mettre en œuvre pour que l'EPA s'organise dans les meilleures conditions et qu'on puisse apporter immédiatement des réponses aux interrogations des parents", conclut le communiqué du PS.

Le cdH se réjouit

Le cdH a dit mercredi se réjouir de l'accord intervenu sur la dispense des cours philosophiques. Selon le parti centriste, le délai de quatre mois laissé aux directions pour organiser l'EPA offrira aux écoles "le temps d'adaptation nécessaire et une rentrée scolaire sereine".

"Toutes les dispositions prévues dans ce projet permettent non seulement de donner un contenu pédagogique avec du sens pour les élèves dispensés sans pour autant entraîner des lourdeurs organisationnelles excessives pour les établissements", salue le cdH dans un communiqué.

Le parti humaniste dit encore se féliciter que les "les principes clairs de l'accord du gouvernement concernant le cours de citoyenneté aient été entièrement respectés, à savoir l'organisation d'un cours de citoyenneté à raison de l'équivalent d'une heure par semaine et le maintien de l'offre des cours de religion et de morale à raison d'une heure par semaine".

"Conformément à l'accord du gouvernement, il n'y aura donc pas deux heures de citoyenneté obligatoires pour tout le monde en lieu et place des cours philosophiques. Par contre, le cdH trouve logique le fait que seuls les élèves dispensés puissent, par cohérence, bénéficier d'un complément du cours collectif de citoyenneté", conclut le communiqué.


Les écoles auront jusque janvier 2016 pour offrir un encadrement pédagogique alternatif

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé mercredi en seconde lecture le projet de décret visant à assurer dès l'année scolaire prochaine un encadrement pédagogique alternatif (EPA) aux élèves de l'enseignement officiel qui choisiront d'être dispensés du cours de morale ou religions, comme le permet désormais un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en mars dernier. Les parents souhaitant la dispense pour leur enfant pourront la demander dès la rentrée prochaine, mais les écoles disposeront d'un délai maximal de quatre mois, soit jusque janvier 2016, pour mettre effectivement en oeuvre cet EPA.

Vu le calendrier très court jusque septembre, "il fallait offrir une bouffée d'oxygène", a justifié mercredi la ministre de l'Education, Joëlle Milquet (cdH). "Ce délai donnera aux directions le temps nécessaire pour organiser, sans précipitation, le contenu pédagogique de l'EPA et de choisir les personnes titulaires".

Les écoles qui seront prêtes avant janvier 2016 pourront débuter l'EPA avant cette échéance. Sa date prévue de lancement dans chaque établissement devra toutefois être communiquée aux parents pour le 15 septembre au plus tard.

Celui-ci consistera, par groupes de 30 élèves maximum, à la réalisation, sous la surveillance de l'école, à la préparation d'un travail écrit ou une présentation orale sur les questions de citoyenneté (démocratie, philosophie, éducation au bien-être, protection de l'environnement, ...)

Pour éviter tout effet négatif sur l'emploi des profs de morale ou de religions, ceux-ci seront en priorité affecté à l'organisation de cet EPA, mais dans le respect de la neutralité de l'enseignement officiel.

Ces travaux feront l'objet d'une évaluation. L'organisation de l'EPA ne pourra toutefois générer aucun frais supplémentaires pour les parents.

En attendant le début effectif de l'EPA dans les écoles, les directions devront, durant ces quelques semaines semaines ou mois, prendre en charge les élèves dispensés selon des modalités qu'elles pourront choisir en toute autonomie (activités, étude, ...).

L'organisation de cet EPA dans l'enseignement officiel ne devrait toutefois durer qu'un an dans le primaire, et deux ans dans le secondaire.

Au-delà, le cours de citoyenneté prévu dans l'accord de majorité PS-cdH sera progressivement mis en place à partir de 2016 comme prévu, mais avec la possibilité d'avoir deux heures de citoyenneté, plutôt qu'une seule comme initialement prévu.

Concrètement, dès septembre 2016, les élèves des six années de primaire auront deux possibilités: soit suivre deux heures de cours de citoyenneté, soit avoir une heure de cours de citoyenneté et une heure de morale ou religions.

Les élèves qui choisiront cette seconde voie auront deux heures de citoyenneté au premier semestre, et deux heures de morale ou religions au second semestre.

"Pour les autres, le second semestre servira à approfondir le cours de citoyenneté donné au premier semestre", selon Joëlle Milquet.

Cette organisation sera également d'application dans le secondaire, mais un an plus tard, soit en septembre 2017.

Il appartiendra dans les mois à venir au cabinet Milquet ainsi qu'à l'administration de déterminer le contenu exact de ces cours de citoyenneté, de déterminer les titres requis pour pouvoir l'enseigner, etc.

"Ce sera une vraie gageure de mettre tout cela en oeuvre pour septembre 2016...", a reconnu mercredi la ministre.

Le projet de décret devrait être discuté dès la semaine prochaine en commission du Parlement de la Fédération, avant une adoption déjà prévue lors de la dernière séance plénière avant les vacances, le 14 juillet prochain.

L'accord politique de ce mercredi constitue une double avancée pour le PS, après des semaines de tensions avec son partenaire cdH.

Comme les socialistes les souhaitaient, l'EPA sera bel et bien offert dès l'année prochaine, là où Mme Milquet suggérait de temporiser, voire de restaurer le principe de neutralité pour le cours de morale.

Ensuite, le cours de citoyenneté cher au PS sera porté dès 2016, non à une heure par semaine, mais à deux heures pour les élèves qui le souhaitent, concrétisant ainsi une demande forte formulée depuis des années par différents acteurs de la laïcité.