Cours particuliers, le prix de la réussite ?

Monique Baus Publié le - Mis à jour le

Belgique

Au moins une famille sur dix (1) est aujourd’hui amenée à chercher de l’aide en dehors de l’école. Le créneau est rentable, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais impossible d’évaluer précisément la taille de ce marché en Belgique. En France, où évidemment le soutien scolaire fait l’objet d’incitations fiscales, des experts ont calculé que les cours particuliers représentent chaque année entre deux et trois milliards et demi d’euros de transactions. On peut donc raisonnablement tabler, chez nous, sur plusieurs centaines de millions. Et une chose est sûre : la croissance continue à être constante. Rien d’étonnant, dès lors, à voir régulièrement débarquer de nouveaux acteurs dans un secteur qu’aucun cadre légal ne régule.

Il faut dire que la demande est là. La société Learnisys, qui, après deux ans de présence sur le marché, vient de lancer en décembre une nouvelle plateforme d’accompagnement pédagogique en ligne, s’en est assurée. "Avant de développer son application, nous avons commandé une étude", explique André Nebie, administrateur de l’entreprise. Elle brosse un tableau concret du paysage (voir infographie). Cette analyse a été menée sur plus de 600 élèves et enseignants.

Ses résultats montrent que ce qui pousse les familles à solliciter un soutien extrascolaire, ce sont d’abord et avant tout des résultats insuffisants ou des problèmes de compréhension. Les principales matières concernées sont les maths et le français, loin devant le néerlandais, l’anglais et la chimie. Quatre élèves sur dix, ayant bénéficié d’une aide au cours de l’année précédant l’enquête, y ont consacré moins de dix heures. Enfin, il est déjà arrivé à la moitié des professeurs interrogés de donner des cours particuliers.

Les enseignants qui donnent des leçons en plus du travail pour leur(s) classe(s), représentent l’essentiel du marché. "Environ 90 %", affirme Meir Malinsky, directeur d’Educadomo, le premier des acteurs sur le marché belge "est un marché noir". Mais la petite part du "marché blanc" a tendance à grossir. "Parce que", poursuit le même, "les exigences de la scolarité sont de plus en plus importantes".

Educadomo est née en 2004 à l’initiative de deux Bruxellois qui, pères de famille, avaient détecté la demande. L’école est donc si mauvaise ? "Elle fait ce qu’elle peut l’école", rétorque Meir Malinsky. "Un élève sur quatre n’arrive pas à suivre en classe : les enseignants peuvent difficilement leur accorder suffisamment de temps !" Les sociétés commerciales peuvent donc s’engouffrer dans la place, tout en se targuant de créer de l’emploi propre.

"Je crois qu’il existe un réseau d’aide appelé l’école des devoirs", commente O.L. sur un site qui a lancé le débat sur la question. "Evidemment, ce service est gratuit et donc pas assez snob : c’est mieux de payer un prof particulier ou un coach éducatif !" Depuis plus de vingt ans, les écoles de devoirs remplissent, en effet, une mission d’aide dans le travail à domicile, un peu partout en Communauté française. Gratuitement, pour la plupart. La moitié des profs sont bénévoles. "Mais il y a des listes d’attente énormes", objecte Meir Malinsky. "Et assez de place pour tout le monde." "Le marché n’est pas saturé", ajoute André Nebie de Learnisys. "D’ailleurs, nous ne voulons remplacer personne, seulement proposer quelque chose de plus." Et il n’est pas le seul à y croire : la nouvelle plateforme d’accompagnement scolaire, lancée par Learnisys, s’appuie sur un budget d’un million d’euros en recherche et développement, grâce à des financements privés, mais aussi à des prêts bancaire et régional. A peine le lancement bouclé, l’entreprise active sur la Belgique et la France envisage déjà d’autres langues et d’autres pays.

Les cours particuliers sont un business. Développé ou pas dans les règles de l’art. En quelques clics sur Internet, les deux mains ne suffisent plus pour compter les offres de services. Ici, les profs sont des étudiants. Là, des enseignants confirmés. Le recrutement est quasiment permanent. Parfois, ils ont suivi une formation spécifique à leur entreprise. Parfois, non. Quant aux prix pratiqués, ils oscillent entre 20 et 30 € de l’heure selon les formules, avec, souvent, un minimum d’heures à acheter et des droits d’inscription supplémentaires. Comment être sûr de faire le bon choix ? Le bouche-à-oreille est sans doute la meilleure garantie. Qui ne suffit pas aux détracteurs du système parmi lesquels se range notamment la Ligue des Familles qui a dénoncé "l’attitude de plus en plus consumériste des hyperparents vis-à-vis de l’école." D’aucuns suggèrent plutôt, en cas de nécessité, de revenir à la vieille méthode de l’annonce dans un commerce du quartier ou de s’adresser directement aux enseignants de l’élève.

Monique Baus

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