Belgique Sans domicile fixe, Alain (*) a été condamné à 22 mois de prison pour un vol chez une connaissance. 

Mercredi, le palais de justice de Bruxelles est bien animé. Une classe d’une vingtaine d’élèves du secondaire vient assister à quelques audiences matinales. Les élèves sont calmes mais les gloussements à peine contenus des deux professeurs qui les accompagnent résonnent dans la gigantesque salle des pas perdus. Probablement excités par l’excursion, les enseignants d’un certain âge au style branché s’attirent les regards interloqués des avocats qui traversent les lieux.

Loin de ce vacarme, en bas d’une volée d’escalier, la 57e chambre du tribunal correctionnel ne compte pas de visiteurs. Le prévenu et son avocat font face à la juge. Menottes aux poignets, Alain (*), 42 ans, s’oppose à sa condamnation. Le sans-abri est incarcéré à la prison de Saint-Gilles pour un vol avec effraction commis le 31 mai dernier.

Un vol de clé

Dans la salle, le prévenu se lève et donne sa version des faits à la juge. "La veille des faits, je me trouvais dans un bar près de la gare du Midi quand a commencé une bagarre. Il y avait mon frère, un ami à lui, un ami de sa copine et moi. Pendant la bagarre, l’ami de sa copine a fait tomber ses clefs, explique Alain. Je les ai ramassées."

Le lendemain, Alain, son frère et l’ami de ce dernier, qui vivent dans des conditions précaires, décident d’appeler cette personne afin de lui remettre ses clefs mais aussi… de connaître son adresse.

C’est alors que, munis des clefs, les trois compères se rendent vers le domicile pour y commettre un vol. Sur le chemin, perdus, ils iront jusqu’à demander à des policiers, croisés en chemin, de leur localiser les lieux, ce qu’ils feront bien gentiment. Dans la maison, ils ne s’emparent que d’une console de jeux Playstation et d’un GSM. Une patrouille, toute proche, s’empressera de les intercepter.

Alain a fait appel de sa condamnation à vingt-deux mois de détention qui lui a été signifiée pour ces faits en première instance. Domicilié à l’adresse du CPAS, rue Haute à Bruxelles, il affirme ne pas avoir reçu sa convocation et aurait dès lors été jugé par défaut pour les faits qui lui sont reprochés.

C’est la deuxième fois qu’Alain est condamné par défaut. La première fois, la condamnation concernait un vol avec violence commis dans les milieux des sans-abri, à la gare de Bruxelles-Centrale. Alain portait sur lui un couteau et de la méthadone. Résultat : un an de prison, qu’il a déjà exécuté.

La descente en enfer après un divorce

La vie d’Alain n’a pas toujours été faite de délits et de sans-abrisme. Jusqu’à ses 34 ans, il vivait dans un appartement avec sa femme et ses enfants avant que celle-ci demande le divorce et qu’il perde son travail de magasinier dans la foulée. Depuis, il vit à la rue et ne voit plus ses enfants. Après sa première sortie de prison, il a retrouvé un appartement, un travail grâce au CPAS et avait un projet de réinsertion. A la suite de son arrestation, il a perdu son appartement et sa garantie locative.

Aujourd’hui, il explique qu’en cas de sortie de prison, il aurait trouvé une place en maison d’accueil et ne serait plus à la rue. Il a fait les démarches et contacté de nombreux centres.

Le jeune avocat d’Alain, à l’écharpe d’hermine encore impeccable, prend à son tour la parole : "Après déjà trois mois d’incarcération, mon client a eu le temps de faire le point sur sa vie. Je pense qu’il se rend compte que son frère est une mauvaise fréquentation. Il avait retrouvé un logement, avant de se faire incarcérer à nouveau. Je requiers une absorption du jugement prononcé." L’absorption permettrait à Alain de ne pas effectuer sa deuxième peine, celle-ci étant absorbée par la première, déjà effectuée.

Le procureur du Roi hoche de la tête avant de s’exprimer. "L e cas de monsieur revèle bien les problèmes de la rue. Une rue qui, on le sait, ne construit pas, mais détruit. Bien sûr on ne lui donne pas le blanc-seing. Monsieur est d’ailleurs connu de mon office pour des infractions graves. Le fait qu’il avoue aujourd’hui ces faits montre qu’il a fait un pas vers la repentance." Et de poursuivre : "Devons-nous croire en ses promesses de réinsertion ? Je serais d’avis que oui. Je pense sincèrement que ces trois mois en prison ont pu le changer. A 42 ans, il est temps de se ranger. J’estime que nous pouvons répondre à cette demande d’absorption pour les faits de vols pour lesquels il a été condamné."

Jugement le 18 octobre.

(*) prénom d’emprunt