D’Haeyer : "On est très inquiets de ce que tu fabriques, m’a-t-on dit"

M.Bu. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Il fait face aux députés de la commission d’enquête, succède à Pim Vanwalleghem - qu’il croise dans le couloir du Parlement sans échanger une poignée de main -, et puis enclenche son exposé des faits à la vitesse grand V. Paul D’Haeyer, substitut du procureur du Roi de Bruxelles, chargé de rendre son avis en 1 e instance sur Fortis, n’a pas attendu 5 minutes avant de prononcer le mot "surréalistes" pour décrire les coups de fil et e-mails de l’Exécutif qu’il a reçus.

- Le 28 octobre, a-t-il expliqué devant la commission d’enquête, "je reçois un e-mail de Pim Vanwalleghem suivi d’un smiley" . Dans ce mail, Pim Vanwalleghem a écrit : "Les bateaux qui coulent entraînent parfois les personnes qui sont à bord avec eux." "Soit c’est une blague de mauvais goût, juge D’Haeyer après en avoir parlé à ses supérieurs, soit c’est une menace mais, dans un cas comme dans l’autre, c’est très bête."

- Le 6 novembre, alors que le substitut doit rendre son avis dans l’après-midi, il reçoit un coup de téléphone de son "ami" Pim Vanwalleghem, collaborateur au cabinet d’Yves Leterme. Sur le coup de 12h22. "Il avait l’air ennuyé et mal à l’aise. Paul, me dit-il, tu ouvres des dossiers, on s’inquiète ici de plus en plus de ce que tu fais."

- "Là , poursuit Paul D’Haeyer, je suis abasourdi."

- "Tu portes une lourde responsabilité, me dit encore Vanwalleghem, si l’opération ne se fait pas. On est inquiet de ce que tu fabriques." D’Haeyer dit avoir coupé court à la conversation téléphonique.

- "On a choisi Pim parce qu’on savait que nous étions proches. Je dirais qu’on l’a instrumentalisé dans cette affaire." " Ça m’a peiné" , souffle encore le magistrat.

- Le substitut du procureur du Roi fait ensuite part à son chef de corps du coup de téléphone du cabinet Leterme. Là, "on m’avertit que le chef de cabinet de Jo Vandeurzen, Herman Dams, a exigé que je lui envoie mon avis sur son fax" . Le chef de corps a "parfaitement défendu mon indépendance" , dit Paul D’Haeyer.

- "Tout ceci était parfaitement naïf, mon avis de quinze pages était déjà rédigé, je n’allais donc pas le modifier comme ça en dernière minute suite à deux coups de téléphone."

- Le 10 novembre, Hans D’Hondt (le chef de cabinet d’Yves Leterme) téléphone à Paul D’Haeyer et lui dit : "L’objectif n’était certainement pas de faire pression sur vous. Il faut que vous sachiez que Pim Vanwalleghem vous a téléphoné à mon initiative. C’était une initiative malheureuse."

- Le 11 novembre, Paul D’Haeyer prend contact avec Pim Vanwalleghem pour lui fournir, dit-il, quelques explications sur l’avis rendu le 6 novembre. "Mais l’objectif n’était certainement pas de s’excuser."

- Le substitut du procureur du Roi termine son exposé de deux heures par un coup de théâtre, en expliquant comment l’avocat de l’Etat belge, Christian Van Buggenhout, l’a menacé à la sortie d’une audience (lire par ailleurs).

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