Daerden n’était plus maître au PS liégeois

V.R. Publié le - Mis à jour le

Belgique

C’est un fait. Michel Daerden a beaucoup apporté au PS liégeois. Grâce à un sens du placement hors du commun, il a notamment évité, dans les années 90, que la plus importante fédération du PS, transformée en pétaudière après l’assassinat d’André Cools, ne parte en torche. Il lui a aussi apporté un nombre impressionnant de voix. Son étonnante notoriété médiatique, forgée assez tard finalement, lui a ainsi permis d’échapper au naufrage électoral en juin 2007 alors que les socialistes prenaient un bouillon partout ailleurs.

Son décès, toutefois, ne devrait pas bouleverser beaucoup les grands équilibres au sein de la fédération. C’est que l’ancien bourgmestre d’Ans n’y exerçait déjà plus un grand pouvoir. Il est désormais loin le temps où Michel Daerden faisait la pluie et le beau temps à Liège. Même ses coups de gueule ne faisaient plus frémir. En 2010, au cours d’une réunion du PS liégeois, il a menacé de " balancer des dossiers sur tout le monde ". A l’ancienne. Cela n’a pas empêché qu’il soit évincé quelques mois plus tard du maïorat d’Ans par Stéphane Moreau, qu’il considérait pourtant comme son fils en politique. Signe évident de faiblesse : personne à Liège n’a levé le petit doigt pour le défendre.

Curieusement, le déclin de son influence au sein de la fédération coïncide avec sa montée en puissance dans les médias. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Il n’est pas exclu de le penser. Certains ont pu s’inquiéter de le voir jouer ce rôle de bouffon qui faisait sa notoriété, mais lui donnait une bien curieuse image. D’autres ont pu jalouser sa popularité. D’autres encore ont dû craindre le pouvoir que lui conféraient ses scores électoraux monstres.

Mais il n’y a pas que cela. Le pouvoir de Michel Daerden au sein du PS liégeois a commencé à être contesté avant le début de Daerdenmania. L’année-charnière, c’est 2005. Il pensait pouvoir placer un de ses proches - Charles Janssens - à la présidence de la fédération du PS liégeois laissée vacante après la mort de Guy Mathot. Il a échoué. Les membres du parti lui ont préféré Willy Demeyer, un homme de consensus, mais réputé proche de gens comme Jean-Claude Marcourt et Alain Mathot, ses grands rivaux en interne. Depuis lors, Michel Daerden n’a cessé de perdre du terrain. Il a été incapable de prendre la tête de la liste PS aux élections fédérales de 2010 - qui est revenue à Alain Mathot. Il s’est fait démettre de son poste de bourgmestre à Ans par ses propres troupes en mai 2011. Le coup de grâce lui est assené à la fin de l’année 2011 quand il perd son portefeuille ministériel. Redevenu simple député, l’homme de pouvoir se trouvait comme nu. Espérait-t-il vraiment se refaire à Saint-Nicolas, la commune où il a emménagé après sa déroute à Ans ? On a des doutes. Il n’avait lui-même pas beaucoup l’air d’y croire.

Michel Daerden n’était plus le roi à Liège depuis quelque temps. Il n’y aura donc pas de guerre de succession à Liège. Les rênes du PS local sont désormais tenues par un quatuor - Demeyer, Moreau, Mathot et Marcourt. Et si ces quatre-là ne contestent pas la façon dont les zones d’influence ont été partagées entre eux, la situation devrait durer un bon bout de temps.

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