Belgique

portrait de candidat

Pour la photo, il préfère enlever la cravate. "Ça fera plus cool", dit-il en desserrant rapidement le noeud de sa cravate bleue mouchetée. Quarante-quatre ans, le phrasé mitraillette, Flamand prends garde à toi !, car déjà nous y voilà : c'est sur la liste du FDF que l'on retrouve Damien Thiéry à l'occasion de la bataille législative du 10 juin.

Il a la carrure moyenne, des airs de trader new-yorkais, le déplacement sportif, il est l'étoile montante du parti amarante, formation politique arc-boutée autour de Bruxelles et de sa périphérie. Il est entré en politique comme on règle son pas sur celui de son père, papa (Roger) fut aux manettes de Linkebeek, petite commune du Sud de Bruxelles durant 13 ans sous les couleurs du FDF, excusez du peu. Onze ans plus tard (en 2000), le jeune Damien franchit le Rubicon politique à l'occasion de la joute communale. Et écope de l'échevinat des Travaux publics. Grâce à son nom ? "Non, s'insurge-t-il. J'avais fait une vraie bonne campagne".

Six ans plus tard, et le départ du seigneur FDF du coin, Christian Van Eyken, vers Tervuren aidant, Thiéry se retrouve bourgmestre des 4 850 habitants de Linkebeek. Enfin, pour être de bon compte, écrivons bourgmestre à demi. Car, voilà, il y a une pierre dans le jardin de Damien Thiéry, et elle s'appelle Marino Keulen. Le ministre flamand de l'Intérieur (Open VLD) refuse de désigner officiellement le francophone bourgmestre de cette commune à facilités car "j'ai envoyé les convocations électorales dans la langue des électeurs". "Onaanvardbaar", tonne un Keulen gonflé à bloc à l'approche des élections. "Déni de démocratie, comportement discriminatoire", rétorque le jeune maïeur en tapotant des doigts sur la table.

Vous l'aurez compris, la potion communautaire, les passes d'armes autour de la frontière linguistique, l'ami Thiéry y a goûté fort jeune. Il jure rester zen devant les blagues pataudes qu'il endure au conseil provincial du Brabant flamand comme représentant francophone. "Je suis parfaitement bilingue, je m'adresse aux élus flamands dans leur langue" et, dit-il, ça leur coupe la chique. "Dans les relations d'homme à homme, cela se passe souvent correctement, relève Thiéry. Mais parfois le ton peut monter très vite". Et là, on n'est pas le protégé de l'épouvantail des ménagères flamandes Olivier Maingain, pour rien, comptez sur le golden boy de Linkebeek pour enfiler les gants de boxe. "Il y a 87 pc de francophones à Linkebeek et nous n'aurions pas droit au régime bilingue comme à Bruxelles ? C'est aberrant !" Là, le colonel Maingain a jugé que le sergent Thiéry était au poil pour la charge du 10 juin.

N'en jetez plus (de l'huile sur le feu) : la machine est lancée. Il dit sa conviction que "rien ne se réglera en Belgique tant que le communautaire ne sera pas réglé". "Le réchauffement climatique, l'emploi, c'est très bien : mais tout passe par le communautaire", martèle-t-il. Son credo ? "Il faut élargir la Région bruxelloise et bénéficier d'un vrai bilinguisme dans les communes de la périphérie. Comme à Londres ou à Paris avec les années, la métropole s'est agrandie", donc vivons avec notre temps, argumente Thiéry. Une dernière salve : "la périphérie, c'est un premier pas. Beersel et ses 30 pc de francophones, qu'est ce qu'on en fait ?"

Il est cadre dans une (très) importante société pharmaceutique, cumule avec le maïorat, dit commencer ses journées à 7 h et les terminer à 24. Au fait, comment ça se passe avec les collègues ? "Tout le monde sait que j'ai un discours modéré et donc mon engagement politique ne crée pas de tension", place-t-il. Pour le reste, "avec les élections, les positions se tendent", admet-il.

Rayon hobbies, Damien Thiéry ne jure que par le sport. Kinésithérapeute de formation, il a pas mal squatté l'astro de Linkebeek, s'est investi à la Fédération de hockey, a joué au handball. Rayon famille, Damien Thiéry a trois enfants. Les deux plus âgés ne parlent pas le néerlandais. Mais, on ne l'y reprendra plus, le petit dernier (3 ans) mange du flamand matin, midi et soir. On parle de la langue, cela va sans dire.