Belgique

Dans la rafale de livres nouveaux sur Jean-Paul II et son pontificat qui débarquent sur les tables des libraires à l’occasion de sa béatification le 1er mai prochain à Rome, la biographie qu’a consacré (en italien) au pape polonais, le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, le Pr Andrea Riccardi mérite à l’évidence plus qu’un coup d’œil furtif. L’ouvrage fruit de nombreuses investigations et de rencontres de Riccardi avec des témoins directs de l’environnement du futur bienheureux et lui-même très proche de l’Eglise depuis la fin des années 1960 apporte, en effet, son lot de révélations grandes ou petites qui intéresseront les passionnés de l’Eglise, universelle comme belge du reste

Pour ce qui concerne la Belgique, au détour d’une phrase, l’auteur évoque la mémoire de Mgr Marcel Uylenbroeck, secrétaire à l’époque du Conseil pontifical des laïcs mais surtout ancien compagnon d’études de Jean-Paul II lorsqu’il séjourna au Collège belge de Rome au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Il y apparaît, en effet, que ce prélat d’honneur qui avait été une figure de proue de la Jeunesse ouvrière chrétienne belge et internationale dans l’entourage du cardinal Joseph Cardijn fut très sérieusement pressenti par le Pape comme successeur du cardinal Suenens à la tête de l’archevêché de Malines-Bruxelles.

Toutefois ce grand chrétien de chez nous, décidément trop peu connu vu ses états de service comme on le lira plus loin - nul n’est prophète en son pays - fit part au Pape qu’il souffrait d’un cancer et ce dernier préféra lui voir passer ce calice qui serait plus une épreuve qu’un remerciement.

Mgr Uylenbroeck décéda du reste à Louvain le mardi 2 octobre 1979. Pour rappel, le cardinal Léon-Joseph Suenens avait remis sa démission le jour de ses 75 ans, le 16 juillet de cette année-là et il fallut attendre le 19 décembre 1979 pour que Jean-Paul II rende public le nom de son successeur qui fut donc l’évêque d’Anvers de l’époque, Mgr Godfried Danneels.

L’on ne refait pas l’Histoire puisqu’il est impossible de changer le passé mais l’on peut penser que le premier choix de Jean-Paul II aurait finalement été aussi positif que celui qu’il fit finalement. Même si le profil de Godfried Danneels était plus spirituel et liturgique que celui de Marcel Uylenbroeck.

C’est que ce dernier n’était pas qu’un simple compagnon de vie et d’études du jeune abbé Wojtyla qui se retrouva au Collège belge de Rome à l’instigation du cardinal-archevêque de Cracovie, Mgr Adam-Stefan Sapieha qui voyait déjà un destin universel sinon polonais pour son poulain de Wadowice.

Marcel Uylenbroeck qui était né à Drogenbos le 5 juin 1920 - il avait pratiquement le même âge que Karol Wojtyla né dix-sept jours plus tôt - s’engagea très jeune déjà au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC-KAJ) et devint un grand propagandiste de la cause des Jocistes et des Kajotters dans l’agglomération bruxelloise. C’est sans conteste là qu’il mûrit sa vocation de prêtre qu’il réalisa au Grand séminaire de Malines. Mais ses qualités intellectuelles n’avaient pas échappé au cardinal Van Roey qui le destina à approfondir sa formation à Rome en y décrochant une licence en théologie.

Ordonné en 1947, il devint aumônier-général de la JOC belge l’année suivante et onze ans plus tard, il devint l’aumônier-général-adjoint de la JOC internationale aux côtés du cardinal Cardijn auquel il succéda après son décès en 1967. En décembre de cette année-là, il devint secrétaire du Conseil pontifical des laïcs qui avait été mis sur pied par Paul VI.

Ce ne fut pas sa seule occupation à l’ombre de la basilique Saint-Pierre : il fut aussi nommé membre de la Commission pontificale pour la pastorale des migrants et du tourisme et en 1972, il devint recteur de l’église Saint-Julien des Flamands. Nombre d’étudiants se souviennent encore de cet homme qui tout en étant proche des plus humbles et du monde du travail avait acquis une stature de "monsignore" qui en imposait à Rome.

Souffrant de ce que l’on appelait déjà à l’époque pudiquement "une longue et pénible maladie", Mgr Uylenbroeck qui avait reçu le titre de monseigneur de son camarade d’antan avait été rapatrié en Belgique à la clinique Saint-Raphaël à Louvain où il s’éteignit début octobre 1979. Ses funérailles en la petite église de Drogenbos avaient été coprésidées par le cardinal Suenens et par le nonce apostolique de l’époque, Mgr Cardinale.