Belgique

Pile 4 mois après la première du genre (c'était le 14 septembre 2004), les présidents des partis francophones ont tenu vendredi à Bruxelles, toujours symboliquement dans les locaux du Parlement fédéral, une réunion commune et officielle sur la situation communautaire.

D'une saison à l'autre, «il y a constance», commentait en finale Didier Reynders, le président du MR et par ailleurs co-ministre des Réformes institutionnelles. De fait. C'est dit aujourd'hui, comme ce le fut hier: 1° On n'est pas demandeurs; 2° La Cour d'arbitrage n'a jamais imposé la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV); 3° Priorité aux problèmes socio-économiques.

Deux éléments plus neufs, tout de même. Le premier a instigué la réunion. C'est l'aval inattendu du Conseil d'Etat aux circulaires Peeters et consorts dans les communes à facilités. Bien sûr, les décideurs francophones en prennent acte. Mais ils disent constater que ces arrêts «compliquent la situation»: les droits reconnus aux francophones «ne servent à rien s'ils ne sont pas appliqués sur le terrain». Cela dit, communiquent les Di Rupo, Reynders, Milquet, Javaux et consorts, les arrêts n'ont pas pour effet d'empêcher toute contestation sur ces «tracasseries»: des actions sont ou seront encore entamées devant des cours et tribunaux de l'ordre judiciaire.

Ce rappel ne tient pas seulement à la présence à table d'Olivier Maingain, le président du FDF (parmi une douzaine de convives)... C'est d'abord une manière de rappeler à «onze vlaamse vrienden» - comme aime bien dire le président du PS, Elio Di Rupo, devant la confrérie néerlandophone en nombre - que les circulaires et Bruxelles-Hal-Vilvorde ne doivent pas être mêlés dans quelque troc commun.

Mais alors, les francophones vont-ils venir sans biscuits? Non, et c'est le second élément relativement neuf. «Si nous devions constater que la situation des francophones se complique singulièrement, paraphrasait M. Di Rupo (le libellé officiel est en épinglé), nous sommes partisans d'envisager un élargissement des frontières de la région de Bruxelles-Capitale».

Ce n'est évidemment pas inédit dans les discours politiques francophones. Mais d'une voix et officiellement, oui. Encore ne faut-il pas y voir les termes d'un échange immédiat - revendication taboue contre revendication taboue, scission contre élargissement. C'est plus subtil, puisque les francophones répètent donc qu'ils ne sont pas demandeurs: l'élargissement de Bruxelles est un gros «au cas où». En somme une arme plus nucléaire, aux effets dissuasifs, que conventionnelle, à dégainer sur le champ. «C'est stratégique, mais c'est dit», confiait en «off » un participant.

Si la réunion a duré plus de 2 heures, on le doit d'ailleurs moins à son contenu qu'à la stratégie à mener à court terme.

Grosse semaine

C'est que les jours à venir s'annoncent fournis. Lundi matin, sera installée la Conférence interministérielle sur BHV, dont les francophones tenteront d'éviter l'éparpillement en groupes de travail (ce qui reviendrait à multiplier les points qui peuvent fâcher). Mercredi matin se retrouvera le Forum institutionnel, que les francophones aimeraient limiter dans un premier (et long) temps à la seule réforme de l'Etat (il faudra se recompter sur l'ordre du jour). Et tard mercredi, la commission de l'Intérieur de la Chambre pourrait réellement ouvrir ses travaux sur les propositions BHV (sauf à les postposer à nouveau, dans l'attente de l'avis du Conseil d'Etat demandé sur les amendements déposés par les Flamands à leur proposition commune de scission). Chaud devant...

© La Libre Belgique 2005