Belgique

Evere, siège de l'entreprise américaine d'électronique militaire Litton, 2 octobre 1984, 3h24 du matin. La première bombe des CCC explose, en faisant des dégâts seulement matériels, comme la plupart de celles qui vont suivre.

D'abord, la Belgique ne s'émeut guère. Certes, elle vient d'être secouée par la première vague de terreur de ses années de plomb, car les "tueurs fous" du Brabant ont déjà tué 12 fois, depuis 1982. Mais, bon, une explosion limitée...

La gueule de bois arrive cependant très vite car, le 3 octobre, un nouvel attentat survient à Dilbeek contre la firme allemande Man, puis un autre le 8 contre l'américaine Honeywell à Evere, puis le 15 à Bruxelles contre le siège du PRL, pas encore MR, le 17 à Gand contre celui du CVP, pas encore CD & V...

C'est carrément la stupéfaction quand, en décembre 1984, les terroristes qui sont désormais célèbres par leur sigle, l'étoile rouge à 5 pointes, s'en prennent à des oléoducs de l'Otan, avec une facilité et une impunité qui étonnent. A ce moment, on peut même dire qu'une frange de la population entretien une certaine sympathie pour ces "bricolo-terroristes" qui narguent le pouvoir.

Cela ne dure pas. Le 1er mai 1985, les CCC tuent deux fois. Elles ont disposé une camionnette piégée dans l'impasse de la rue Ravenstein, rue des Sols, à Bruxelles. Elles visent le siège de la FEB, symbole des entreprises belges. Le véhicule dégage de la fumée, les pompiers interviennent. L'explosion se produit, en blesse trois, en tue deux, Marcel Bergen et Jacques Vanmarcke. Les CCC ont beau accuser la gendarmerie de n'avoir pas transmis leur avertissement à temps - ce qui est probablement le cas -, elles ont perdu jusqu'au plus petit brin de sympathie. Désormais, Carette, Sassoye et consorts sont des tueurs - et rien d'autre !

Les oléoducs de l'Otan

La valse des 28 attentats, à Bruxelles, Charleroi, Bierset, Anvers et Louvain, prend fin le 16 décembre suivant à Namur, où Pierre Carette, Bertrand Sassoye, Didier Chevolet et Pascale Vandegeerde sont "logés" par la Sûreté et la police dans un fast-food. Ils passent aux aveux, revendiquent leur "combat". Sont-ils les seuls ? Sans doute, non. Les deux premiers sont les fondateurs. Les deux autres, de frais acolytes. Ils sont tous condamnés par les assises du Brabant le 21 octobre 1988 : perpétuité.

Dans l'intervalle, la justice a mis au jour la naissance du groupe, en 1983, du fait de militants venus de la lutte politique et sociale ou de la mouvance des comités de soutien à la Fraction armée rouge allemande (RAF). Il est aussi question d'Action Directe (France) ou des Brigades Rouges (Italie), côté inspiration. Ou côté bombes : c'est avec des membres d'AD que les CCC constituent, en le volant dans une carrière, leur stock d'explosif et avec AD qu'elles commettent leur dernier attentat, franco-belge pour l'occasion, le 6 décembre 1985.