Belgique Entretien

Bart De Wever décortique la situation politique alors que le sondage de "La Libre" place son parti, la N-VA, sur la seconde marche du podium en Flandre.

Votre parti fait un tabac dans notre sondage (+ 2,9 %, 17,9 % d’intentions de vote) : vous poussez un cocorico ?

Du calme. On a analysé les résultats de ce sondage au Bureau de parti aujourd’hui. Nous sommes contents mais il y a un premier danger : que l’on soit considéré comme des gagnants, les hommes à abattre. C’est ce qui est arrivé avec la Liste Dedecker. Et c’est ce qu’on appelle perdre en gagnant.

Il serait donc mauvais pour la N-VA, ce sondage ?

Je ne dis pas ça, je dis que j’ai un sentiment double. Les prédictions sont importantes car elles créent une ambiance et une dynamique autour d’un parti. Soit on est sur une pente ascendante soit, comme Dedecker, on est quasi au seuil électoral, et les sondages ne font qu’accentuer les problèmes Et la prophétie devient réalité. Quand le sondage est bon, tout le monde est content, quand c’est mauvais, tout est toujours remis en cause.

Quelle est la recette de la N-VA pour avoir gonflé à ce point depuis l’explosion du cartel avec le CD&V ?

Je dirais que nous avons un profil clair : "What you see is what you get." La N-VA, c’est clair. C’est le parti de centre-droit en Flandre. Cela veut dire qu’on a des positions claires et pas extrémistes sur l’immigration, ça veut dire être consistant sur le budget, la justice, la sécurité, le socio-économique. Les gens apprécient la N-VA car elle dit les choses comme elles sont. On n’a pas traîné dans le gouvernement fédéral juste pour le plaisir d’avoir un ministre. La recette, c’est la clarté sur nos points de vue.

Où la N-VA va-t-elle puiser ses nouveaux électeurs ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. On pourrait simplement croire que nous pompons des voix dans les réserves du CD&V qui est en chute, mais à mon avis c’est plus compliqué que cela. Certains courants et transitions sont cachés. Ainsi, si je regarde ce résultat : le Vlaams Belang monte et la Liste Dedecker s’écrase. Je dirais que ce que Dedecker perd, ce sont des électeurs qui retournent vers le Vlaams Belang. C’est un vote antipolitique, et ces électeurs-là n’ont que deux partis vers lesquels se tourner : Dedecker ou le Vlaams Belang. Ce sont les deux partis de la droite populiste. Je pense que la N-VA va aussi puiser au Vlaams Belang des électeurs flamingants qui en ont assez d’être dans un parti mal structuré. Enfin, nous allons chercher des électeurs au CD&V et à l’Open VLD. Les Flamands ne comprennent pas ce que sont en train de faire ces deux partis au gouvernement fédéral. Ils n’ont même pas de majorité flamande derrière eux !

La N-VA, c’est donc un parti de centre-droit ?

Oui. Nous sommes aujourd’hui identifiés comme le parti de centre-droit en Flandre. Pour les gens qui se disent du centre-droit, nous sommes le premier parti. Et c’est un marché en pleine croissance. La N-VA est positionnée exactement entre la Liste Dedecker et le Belang (notre frontière Sud) et le CD&V/VLD (notre frontière Nord). On est dans une position unique, nous pouvons gagner sur les deux frontières. Car les deux partis populistes connaissent des problèmes et les deux partis traditionnels mènent une politique désastreuse. Par exemple, sur le thème de la sécurité, on tire à la Kalachnikov à Bruxelles, mais ce n’est pas grave, les Flamands sont de droite, voilà le raisonnement des francophones - avec le soutien du CD&V et du VLD.

Mais tous les francophones ne disent pas cela : Armand De Decker veut donner un gros tour de vis sécuritaire…

Mais c’est quand même l’impression qui reste. On est gouverné par un gouvernement qui n’a même plus 40 % de soutien en Flandre !

En Wallonie, ce sont les partis de gauche qui montent : le Parti socialiste et Ecolo. Qu’est ce que ça vous inspire ?

C’est l’évolution de ce pays qui va dans des sens radicalement différents. Soyons rationnels et regardons l’évolution de ce pays, il n’est fait que de ruptures depuis l’adoption du suffrage universel. Au plus on avance, au plus on constate que les opinions publiques francophone et flamande diffèrent. La Flandre est maintenant un pays de centre-droit et la Wallonie est un pays de centre-gauche.

N’y a-t-il aucun responsable politique francophone qui trouve grâce à vos yeux ?

Quand j’ai négocié l’orange bleue à Val Duchesse, sur le socio-économique, le seul parti reconnaissable du point de vue flamand, c’était le MR. Je me souviens d’une session consacrée à l’immigration. Je désespérais d’entendre quelque chose de sensé. Et à un moment quelqu’un a parlé et a dit exactement la même chose que nous : Jean-Luc Crucke du MR ! Je me suis dit que si tous les francophones étaient comme cela, on pourrait peut-être continuer à travailler ensemble dans nos deux démocraties. Mais aujourd’hui, avec les chemins différents, c’est impossible. Quand on voit que les socialistes en Flandre sont à 15 % et qu’en Wallonie ils sont à plus de 30 % Et le SP.A en Flandre, c’est un parti plutôt moderne, ce qui n’est pas du tout le cas du PS. Si le PS se présentait avec ses personnages en Flandre aujourd’hui, il serait à 3 %. Les Ecolos et le CDH - la petite sœur du PS -, ces deux partis avec le PS font 60 % des électeurs. Mais je n’ai plus d’espoir pour ce pays ! On doit donc aujourd’hui simplement adapter la situation institutionnelle à une réalité de fait.

L’indépendance flamande approche-t-elle ?

Ce sondage confirme ce qu’on savait déjà : on vit dans deux pays différents. On ne doit pas en faire un drame, on ne doit pas tout casser en une soirée, on ne demande pas cela. Mais si ce pays n’évolue pas, ça va aller très mal. Ça ne peut qu’aller mal : les partis autonomistes représentent aujourd’hui plus de 40 % des électeurs en Flandre. Chez les francophones, les partis traditionnels représentent encore plus de 2/3 des électeurs. Il n’y a pas de parti antisystème côté francophone.

Jean-Luc Dehaene progresse, entend-on, sur le chemin d’une réforme de l’Etat. Etes-vous confiant dans sa capacité d’aboutir à un résultat ?

Je ne suis pas impliqué. Je lis qu’il a invité Groen! et le SP.A à supporter sa solution quand il la présentera. Il envisage donc une formule qui nécessite une majorité des 2/3, ça me donne beaucoup de souci et cela veut dire beaucoup que nous n’ayons même pas été consultés

Qu’est-ce que ça veut dire ? Que le paquet Dehaene sera trop léger ?

Ça veut dire que la N-VA n’est pas considérée comme un partenaire pour le CD&V au niveau fédéral, ça veut dire beaucoup. Je vois Olivier Maingain qui dit qu’il n’y a pas grand-chose dans ce paquet, je vois Clerfayt qui demande de nommer les trois bourgmestres de la périphérie

C’est un ministre N-VA qui est compétent pour nommer les trois bourgmestres francophones de la périphérie. Que va-t-il faire ?

Je suis très clair là-dessus : on va essayer de se débarrasser de ce problème dans les semaines qui viennent.

Comment ?

Notre ministre Geert Bourgeois est en train de chercher une solution une fois pour toutes. Il faut arrêter ce carrousel. Je veux être très formel : jamais ces trois bourgmestres ne seront nommés. Et on va faire en sorte qu’ils ne puissent plus se représenter.

Vous êtes l’homme le plus populaire de Flandre…

Je suis content, mais ça donne énormément de responsabilités. Chaque jour, il faut essayer de mériter cela.