Belgique

Un seul tour ? Deux tours ? Il n’y a pas qu’à Moscou, en fièvre présidentielle, que l’on se posait la question dimanche après-midi. Ce fut aussi le cas, un rien plus modestement, à Louvain-la-Neuve, à l’assemblée générale d’Ecolo conviée à trouver un nouveau duo coprésidentiel à la succession du tandem Javaux/Turine La réponse est tombée peu avant 18h : second tour nécessaire. Car la paire en tête, Deleuze/Hoyos, n’atteignait pas 50 %, mais frisait les 47 % avec 582 votes sur les 1 249 valables. Suivaient les Gerkens/Hellings avec 38 % (476 voix) puis, par conséquent éliminés, les Corman/Wesphael avec 15 % (191 voix).

Deuxième question : surprise, pas surprise ? Comme à Moscou cette fois, pas de surprise. Ce sont les présumés favoris depuis les débuts de la joute qui finalement l’ont emporté : Deleuze/Hoyos, à hauteur de 55,3 %, soit nantis de 136 voix d’avance sur 1 218 votants (677 contre 541). L’ascendant des vainqueurs au second tour n’aura donc été ni énorme ni serré.

Il aurait été autrement ténu voire inexistant si, selon l’idée que l’on s’en faisait généralement, les votants pour Bernard Wesphael avaient largement reporté leurs voix sur le ticket Gerkens/Hellings. A priori, sans préjudice d’autres transferts entre l’un et l’autre tour, les 15 % du troisième duo se seraient dès lors partagés de manière équilibrée entre les deux autres.

Auparavant, l’assemblée avait débuté par "un bilan moral" de l’équipe sortante, Jean-Michel Javaux (surtout) et Sarah Turine (un peu). Le premier aura rappelé la tâche "titanesque" pour remettre à flots un parti naufragé aux élections de 2003, en fin d’arc-en-ciel fédéral. La seconde a invité les militants, en substance, à réfléchir aux conditions difficiles dans lesquelles elle dut achever, comme "troisième Bruxelloise" successive, l’ère Javaux Quant aux trois duos candidats, dûment composés selon les contraintes-maison de genres (homme/femme) et géographiques (Bruxelles/Wallonie), ils ne pouvaient plus guère surprendre au terme de la campagne (très) interne.

L’un, dit à raison favori, paraissait le plus dans la continuité des sortants, même si leurs passés respectifs laisseraient penser que c’est plus le cas pour Emily Hoyos, présidente du Parlement wallon, que pour Olivier Deleuze, chef de file des élus verts à la Chambre. Malgré les obstacles et les échecs, indiquait la première, "notre enthousiasme est intact. C’est notre force. J’espère que notre énergie est communicative".

Un autre duo, présumé outsider, comptait donc la députée Muriel Gerkens, qui fut chef de groupe à la Chambre, et Benoît Hellings, ex-sénateur, qui partage son temps entre le port de Bruxelles et des missions aux cabinets ministériels Ecolos wallons. Ils ont insisté à nouveau, dimanche, sur le souci d’intensifier les contacts avec le terrain. Et ils n’auront donc pas jeté l’éponge, hier, entre premier et second tours comme d’aucuns l’avaient imaginé.

Le troisième, dit poil à gratter, passait aussi pour le plus radical, ou le plus à gauche, ou risquant de déstabiliser les troupes. Il réunissait le chef de groupe au Parlement wallon, Bernard Wesphael, qui fut déjà candidat malheureux à la fonction en 2003 (avec un autre "dur", Paul Lannoye, depuis en rupture du parti), et une fonctionnaire européenne, Marie Corman. Leurs tonalités de dimanche étaient, à nouveau, plus idéologiques. Faisons en sorte, enjoignait M. Wesphael, qu’Ecolo soit vraiment l’alternative à la social-démocratie "qui trahit totalement ses valeurs" et à une droite "de plus en plus arrogante".

On connaît la suite. Dans de premières réactions, dimanche soir, Emily Hoyos saluait la volonté qui fut celle "de ne pas diviser" , et le souci "de poursuivre l’ouverture" ; Olivier Deleuze ciblait la priorité à "fortifier l’ancrage local" d’Ecolo aux élections communales d’octobre prochain. Ils rappelaient aussi leur volonté d’assemblage "en termes d’égalité" des tâches, autant en interne que vers l’extérieur. On verra ça à l’usage. Pour l’anecdote, ou un peu plus, M. Deleuze a horreur de travailler le soir et Mme Hoyos se félicite de pouvoir se contenter de peu dormir

Et les vaincus ? "Les gagnants sont dynamiques et actifs" (Muriel Gerkens). "Je suis à la fois déçu pour les valeurs progressistes que nous défendions, et satisfait car les élections ont vraiment été démocratiques" (Bernard Wesphael).

Le mot provisoire de la fin à Jean-Michel Javaux : "Ecolo est armé."