Belgique

En 2003, leur pavé avait agité la mare. Dame, Alain Destexhe le franc-tireur MR, Alain Eraly le sociologue et Eric Gillet l'avocat avaient tiré fort sur les maux politiques belges. Toujours juste ou pas, "Démocratie ou particratie ?" fit fort mouche - "La Libre" prolongea d'ailleurs l'ouvrage d'une série de longue haleine...

Dans le sérail, la réception fut polaire. Le camp libéral en tête : à l'égard du sénateur Destexhe, dont ce ne serait pas le dernier jet de trouble en interne, comme du professeur Eraly (ULB) qui venait déjà de dresser dans son incisif, corrosif et peut-être abusif "Pouvoir enchaîné" sa vision de la fonction ministérielle, ses fausses grandeurs et ses vraies servitudes, après avoir testé le cabinet du ministre-Président Hasquin.

On s'en gaussa; on leur refusa le débat. Parce qu'ils crachaient dans la soupe, bien sûr; et aussi, parmi d'autres reproches, parce que rien de ce qui était couché là sur papier n'était ignoré. Un argument curieux, avec le recul...

S'en étonnera-t-on ? L'actualité a conforté le trio dans ses certitudes, constats et suggestions sur les nécessités de dépolitisation, d'efficience, de lutte contre les cumuls et conflits d'intérêt : "Depuis 2003, la réalité a dépassé l'écriture du livre", foi de Destexhe. Voici donc, comme inévitable, sa réédition. En fait de nouvelle version, on a surtout une introduction allongée qui puise, dans les "affaires", matière à argumenter la suite. Celle-ci est formellement mise à jour, mais ne l'est pas sur le fond : les auteurs reprennent leurs 120 propositions d'alors, l'une ou l'autre fut-elle contestée (par exemple, le vote secret au Parlement dans certains cas) ou inspirerait-elle depuis plus de perplexité (on pense aux missions d'information à confier aux commissions parlementaires).

Tout de même, rien n'aurait-il été fait ? "Il y a des évolutions positives", répond Eric Gillet. "La succession des affaires est plutôt un bon signe à cet égard", prolonge Alain Eraly. Reste que ces affaires, dit-il, relèvent presque toutes des mêmes problèmes : une confusion entre intérêt public et intérêts personnels, une autre confusion entre intérêt public et intérêts du parti (ou d'un clan), des failles dans les contrôles. Tandis que le débat public reste "précaire" : "Cet art de la dérobade est une composante de notre vie politique. La Belgique est le pays où il est moins dangereux de dénoncer une politique monétaire qu'un cumul de mandats."

"Démocratie ou particratie ?", nouvelle édition actualisée, dans la collection "Quartier libre", aux Ed. Labor. 310 pp. Env. 14 euros.

© La Libre Belgique 2007