Belgique

Quatre mères, qui ont pris cet anti- épileptique pendant leur grossesse, ont décidé de porter plainte. Elles pourraient être suivies par d’autres mamans et espèrent sensibiliser le monde politique. Leurs enfants connaissent de graves problèmes de développement. Notamment des troubles autistiques.


Elles sont actuellement quatre mamans mais elles devraient rapidement être rejointes par d’autres mères qui, comme elles, ont continué à prendre de la Dépakine (commercialisée par la firme française Sanofi) pendant leur grossesse pour soigner leur épilepsie alors que ses dangers étaient connus. Leurs huit enfants, aujourd’hui âgés de 8 à 21 ans connaissent de graves problèmes de développement.

Elles ont décidé de porter le dossier en justice. Leur avocat, Me Vincent Lurquin, a constitué un dossier. Il a rédigé, pour chacune d’entre elles, une plainte avec constitution de partie civile.

Ce qui impliquera, une fois la plainte déposée et enregistrée, l’ouverture d’une instruction judiciaire. Me Lurquin le sait : le chemin pourrait être long. D’autant qu’il existe peu d’expertise dans les services de police ou dans la magistrature en matière de droit de la santé.

Il faut pouvoir établir de manière certaine un lien causal entre la prise de Dépakine par la maman pendant sa grossesse et les troubles relevés chez l’enfant. "Tout le travail déjà réalisé par les experts français pourrait servir", explique Me Lurquin.

Une enquête est en effet ouverte au parquet de Paris. Mais il faudra établir les responsabilités éventuelles entre l’Etat, l’industrie pharmaceutique et les médecins qui ont prescrit.

Certaines de ces mères, relève-t-il, vivent avec une terrible culpabilité car elles savent que c’est elles qui, par la prise de Dépakine, ont été à l’origine des troubles de leurs enfants.

Mais elles n’avaient pas été prévenues des dangers alors que ceux-ci étaient connus de longue date par une abondante littérature scientifique. "Certaines de ces mamans disent : si nous avions été prévenues, nous aurions pu faire d’autres choix. Cela aurait pu être de ne pas avoir d’enfant, de préférer l’adoption ou d’arrêter la prise de Dépakine pendant leur grossesse", dit Me Lurquin, pour qui, il est clair, que "le choix des mamans a été empêché".

La France en avance

Il déplore que la Belgique ait pris du retard par rapport à la France où l’Assemblée nationale a créé un fonds pour venir en aide aux enfants.

En Belgique, rien n’a bougé jusqu’à présent. "Il faut que l’Etat se donne les moyens pour atténuer les souffrances des mamans", dit-il.

Les mères tentent de sensibiliser le politique. Ce n’est pas simple. Une mère a confié ses difficultés à un ministre régional qu’elle a rencontré.

Alors qu’elle lui expliquait qu’un reportage télévisé avait récemment été diffusé, le ministre lui a répondu : "Je ne regarde jamais la télévision." Avant de tourner les talons.

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À savoir

Le Valproate de sodium, commercialisé depuis 1967 par le laboratoire Sanofi, est une molécule qui, en modifiant l’expression des gènes, a engendré chez 30 à 40 % de ces enfants des atteintes neurologiques (troubles autistiques, retard psychomoteur, troubles du langage, syndrome Asperger, TDAH, troubles dys, du comportement, hypotonie) et chez 10 % des malformations congénitales (Spina Bifida, problèmes cardiaques, fente palatine, anomalies des doigts, pied/main bot, troubles visuels, hyperlaxité…)

L’Association belge des victimes du syndrome Valproate représente et défend les familles. Elle en compte aujourd’hui environ 70, mais elles pourraient être entre 3000 à 4000 concernées. En France, rien qu’au sein de l’association, il y a déjà 4000 familles recensées.

Plus d’infos : www.valproate-syndrome.be