Derniers tours de pales en Alouette II

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Belgique

On n’allait pas laisser s’envoler l’Alouette comme ça ! Une des machines les plus sympathiques de la Défense, qui a rendu, au cours de ses cinquante ans de carrière, bien plus de services qu’elle n’a causé de souci. Une machine historique et pourtant, on va le voir, un concept inégalé.

En ce mardi après-midi, il fait un temps magnifique sur le pays, argument supplémentaire pour rallier le dernier nid des Alouette II, la petite base militaire de Bierset, située derrière un aéroport toujours plus tentaculaire. Là, c’est l’effervescence. Les trois derniers Alouette évoluent en formation, répétition du petit spectacle qui, le lendemain, sera donné aux autorités et aux anciens, en guise d’adieu. Ces appareils increvables sont promis à d’autres destinées, et n’ont subi aucune maintenance inutile. Il ne leur reste donc plus beaucoup d’heures de vol disponibles. Cela se calcule même en minutes : quarante, pour le A64.

"Cest une machine très bonne, très manœuvrable", commente l’adjudant Ludo Swinnen. Lui, ces quarante minutes, c’est son dernier vol, en tant que pilote professionnel. Il y en a d’autres comme le lieutenant aviateur Philippe Debart, qui sont à la pension le mercredi 9. L’Alouette n’est donc pas seule à faire sa sortie.

Tout vol commence par les vérifications extérieures. Sur un Alouette, elles sont aussi nombreuses qu’essentielles : les niveaux, les tubulures sous pression, les attaches des trois pales et leur liberté de mouvement, les axes de transmission et câbles de palonnier qui partent vers l’arrière, les stabilisateurs, l’huile pour lubrifier le petit rotor bipale arrière, "parce que, sans rotor anticouple, on est morts", explique le commandant Jacques Meugens, 48 ans, l’autre pilote de ces 40 minutes finales. Le niveau de carburant ? On ouvre et referme le bouchon du réservoir, sorte de gros bidon derrière le cockpit : "Il faut toujours un contrôle visuel, par rapport à ce qu’indiquent les instruments. En même temps, on s’assure que le bouchon est bien fermé."

Deux sièges avant, une banquette trois places à l’arrière, le cockpit de l’Alouette II est du genre rustique. Ceinture et casque en place, les commandes et les instruments sont vérifiés, de l’intérieur cette fois. Avec son sifflement particulier, pas agressif, la turbine Turboméca Astazou IIA se met en marche, pales immobiles. Le moteur n’est embrayé qu’à partir d’un certain régime, et alors, il emmène le rotor à son maximum.

Malgré le gros ventilateur là au-dessus, il fait pétant de chaud dans la bulle de plastique, grandes portes latérales maintenant closes. L’avantage, c’est que la vue est imprenable. Notamment sur le mécanisme du rotor derrière soi, et sur la turbine dont s’échappe un jet brûlant. Et tout autour bien sûr : "La visibilité est fabuleuse, n’est-ce pas ? commente Jacques Meugens. Pour l’observation ou le vol tactique, c’est l’hélico idéal."

"The wind is south, five knots", dixit le contrôle de Bierset, avec une pointe d’accent local. En duo avec l’A69, "the love machine", comme on la surnomme ici, on file plein nord. Alors là, on est parti pour un vol ordinaire, entre 500 et 1000 pieds d’altitude, vitesse de croisière aux alentours de 170 km/h. Dans ce pays de vergers, de fermes en carré et d’églises au milieu des villages, les seuls obstacles dangereux sont les lignes à haute tension. "Les éoliennes aussi, mais on les distingue mieux." "Moi j’habite là, dans le bois", annonce Ludo Swinnen. Dans la cour, des bras s’agitent. C’est ça, l’hélicoptère : l’aéronef proche de vous !

Changement de cap, direction plein sud, en coupant l’axe des pistes de Bierset. Une fois la Meuse passée, le paysage change radicalement pour devenir vallonné et boisé. L’occasion de quelques petites manœuvres tactiques, comme se planquer derrière un rideau d’arbres et bondir tel un félin. Maintenant, on épouse le relief du terrain, en faisant du rase-mottes presque au sens propre. Et si on simulait une panne moteur ? Cabrer la machine, se mettre en autorotation, tomber le plus doucement possible. L’Alouette II ne fait pas son âge, et reste très impressionnant : "On fait vraiment ce qu’on veut d’un Alouette, mais il faut le sentir, piloter en finesse."

Sur le chemin du retour apparaissent clairement les travaux d’allongement de la piste et d’aménagement qui bouffent petit à petit l’espace vital des militaires. Après l’Alouette, ce sont sans doute tous les hélicos qui quitteront Bierset. Contact coupé, moteur éteint, les pales balaient l’air une dernière fois, en roue libre. Alouette, c’était chouette.

Dominique Simonet

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