Belgique

Chaque nuit, des dizaines de migrants sont logés dans des familles grâce à une initiative de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés.

Le quartier de la Gare du Nord a Bruxelles est calme. Lundi soir, vers 20h, seules quelques personnes se pressent dans les snacks aux alentours. Même les automobilistes se font rares sur le boulevard Roi Albert II.

Au pied des grands buildings de verre et d’acier, un parc mal éclairé concentre toute l’agitation des alentours. Près du terrain de sport grillagé, où les jeunes du quartiers s’adonnent au basket, une foule de gens se presse autour de personnes vêtues de vareuses jaunes fluo.

© PAPEGNIES OLIVIER

Hubert, je viens pour un covoiturage. Je peux prendre quatre personnes”, détaille un homme d’une quarantaine d’année. Il vient pour la première fois au parc Maximilien afin de proposer un service de navette aux migrants souhaitant loger dans des familles. “Je peux les conduire jusqu’à Anderlecht”. Une petite vérification sur la liste des participants et rapidement, Hubert est mis en contact avec des jeunes hommes à amener dans leur famille d’accueil.

Mettre en contact le migrant et sa “famille de coeur”

Ils sont une cinquantaine de citoyens à s’être présentés, dès 20h30, au parc Maximilien. Avec quelques biscuits en poche, ils attendent les instructions des bénévoles de la Plateforme citoyenne de soutien au réfugiés, qui coordonne l’hébergement des migrants. Yoon, un des responsables, court de gauche à droite à travers la foule. Il se charge de mettre en contact le migrant à loger et “sa famille de coeur”. Ce soir, il est désorienté. C’est la première fois qu’il y a moins de personnes à héberger que de familles d’accueil. “Les migrants ont sûrement pris peur. Dimanche soir, la police a mené une opération alors que nous étions en train d’organiser l'hébergement. Onze personnes ont été arrêtées”, explique Mehdi Kassou, coordinateur et porte-parole de la Plateforme.

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Dans la foule, Hélène, 48 ans, et sa fille Naila, 22 ans, sont là pour “les navettes”. C’est la première fois qu’elles se rendent au parc. La maman, institutrice à Saint-Gilles, a décidé d’embarquer sa petite famille dans l’aventure. “J’ai été très touchée par les arrestations survenues dimanche soir. Vu que la plus grande “kotte”, une chambre s’est libérée à la maison. Il est facile de s’inscrire sur Facebook et loger une personne ne nous coûte rien. Nous préférons y aller crescendo, en commençant avec les navettes; et puis, nous accueillerons”.

Il n’a pas pour autant été facile de convaincre l’ensemble de la famille. “Le plus petit a 10 ans et il a un peu peur. Il ne comprend pas pourquoi la police arrête les migrants alors qu’elle est pour lui un symbole de protection. Ce qui s’est passé dimanche soir était violent et nous avons préféré le laisser à la maison au cas où une autre opération aurait lieu ce soir”, explique Hélène.

Une coloque de douze, avec trois migrants

Deux baguettes dépassent du sac à dos de Juliette, une avocate de 26 ans. Ce soir, accompagnée de son amie Juliette, elle aussi avocate, elle fait chauffeur. “J’habite dans une colocation de neuf personnes, à Etterbeek. Nous accueillons des migrants deux fois par semaine. Notre maison est grande et nous avons coupé notre salon en deux en étendant un grand drap blanc. On peut mettre trois, voire quatre matelas par terre. Certains ne parlent pas anglais. On utilise alors la traduction simultanée sur nos téléphones, ce qui donne parfois des résultats cocasses. On ne se comprend pas toujours mais c’est assez marrant. Le matin, nous déjeunons ensemble et à neuf heure du matin nous partons tous car chaque coloc travaille”, explique la jeune femme. Son amie, Juliette, vit hors de Bruxelles, est essaie de convaincre ses proches afin d’organiser leur premier accueil.

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Entre-temps, Adriana, une jeune femme, ne cesse de passer d’un point à l’autre du parc, répondant aux questions des migrants. Avec Yoon, elle coordonne l’accueil. Cette force tranquille de la Plateforme citoyenne garde toujours espoir, même dans les moments les plus difficiles.

Des hébergements de nuit et parfois de jour

Elle s’approche d’Omar, un jeune soudanais de 16 ans, au sourire communicatif. Le jeune garçon parle français. Il est passé par Calais avant d’arriver à Bruxelles. Ce soir, il ne cherche pas une famille qui pourra l’accueillir une nuit mais bien le lendemain, en journée. “La nuit, je prends ma chance”, explique celui qui tente chaque soir de passer vers la Grande-Bretagne, où se trouve son grand frère. Dimanche soir, il a dû courir lors de l’intervention de police. “En deux mois à Bruxelles, j’ai déjà été emmené sept fois par la police mais dimanche, ils ne m’ont pas eu”, explique l’adolescent. “Parfois je dors la journée dans la gare, parfois je me cache derrière des bâtiments”.

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Soudain, des lumières bleues des gyrophares de police se font voir au loin. Le bruit d’une sirène suit peu après. En un instant, les jeunes migrants du parc enfilent leurs sacs à dos sur leurs épaules, prêts à courir. Les familles d’accueil se taisent soudainement. Heureusement, il ne s’agit que d’une fausse alerte. Mehdi Kassou l’assure, il n’y aura pas de contrôles de police aux abords du parc cette nuit.

Omar, tout comme 101 autres personnes, a trouvé un refuge lundi soir. Il est bientôt 23h. Le parc est vide tandis que le jeune Soudanais s’éloigne des bénévoles, pour une fois encore, “prendre sa chance”.