Des islamistes repérés dans l'armée belge

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

L’armée belge a mis sous surveillance une dizaine de soldats pour leurs convictions salafistes et pour s’assurer de leur loyauté au pays, a appris de bonne source "La Libre Belgique". La surveillance est menée par le renseignement militaire, le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), et la Sûreté de l’Etat.

Dans certains cas, les contrôles ont été efficaces, mais dans d’autres, les candidats pourtant bien connus dans les milieux islamistes ont échappé à la vigilance des recruteurs. L’armée redoute des infiltrations. Elle craint de former des islamistes qui ensuite partent faire le djihad aux quatre coins du monde. Au pire, ceux-ci pourraient se retourner contre des soldats belges dans des terrains comme l’Afghanistan.

Il voulait entrer dans la Marine

Le SGRS a ainsi stoppé la carrière militaire d’Abdel Rahman Ayachi, alors qu’il avait déjà fini son instruction militaire. C’est au moment où il a demandé une habilitation de sécurité, vers 2006, que le service s’est rendu compte qu’il était l’un des fils du cheikh Bassam, le fondateur du Centre islamique belge (CIB), déjà bien connu à l’époque, notamment pour avoir marié religieusement l’homme qui allait tuer en Afghanistan le commandant Massoud en septembre 2001.

Abdel Rahman voulait entrer dans la Marine et, à ce titre, avoir accès à une formation sur les radars, ce qui supposait une demande d’habilitation. Celle-ci lui a été refusée. Par la suite, en 2009, avec son ami Raphaël Gendron, le fils Bassam a été acquitté en appel comme webmaster du site Assabyle.com pour la prévention de négationnisme. Mais la justice belge l’a rattrapé le 25 juin dernier en le condamnant à huit ans de prison et à une amende de 5 000 euros, pour avoir envoyé, avec d’autres prévenus, une vingtaine de personnes faire le djihad en Irak et en Afghanistan. Abdel Rahman Ayachi a fui en Syrie juste avant son procès où il est devenu le webmaster d’un groupe de rebelles salafistes, les Faucons de Damas.

Parmi les personnes condamnées en juin figurait un autre prévenu bien connu de l’armée : Olivier Dassy. Ce jeune métis belge, né à Kinshasa, était dès le début des années 2000 l’un des piliers du CIB. Lui a réussi à passer les mailles du filet et à suivre une instruction de quinze mois chez les Chasseurs ardennais. "Le problème , explique une source, est qu’il n’y a pas de contrôle avant l’instruction. Pour entrer dans l’armée, il suffit d’un casier judiciaire vierge. Le candidat est interrogé par des responsables, mais pas plus." Ce n’est qu’au stade de l’habilitation que le contrôle est plus serré. Olivier Dassy a été condamné en juin à cinq ans de prison. Le groupe est tombé grâce à un policier qui a infiltré le CIB. L’homme portait un masque. Il s’était fait passer pour un soldat français qui, grièvement blessé au visage, avait dû quitter l’armée. Il avait filmé Dassy se lançant dans des prêches enflammés ("LLB" du 24/4/2012).

Sous le niqab, un sous-lieutenant

Parfois, les contrôles sont dûs au hasard ou au flair des policiers. "La Libre" a ainsi appris qu’en février 2010, la police fédérale a contrôlé à l’aéroport de Gosselies une femme portant le niqab qui s’apprêtait à embarquer vers Nador au Maroc. La police fédérale enquêtait sur les mariages blancs. La jeune Bruxelloise, 26 ans, convertie à l’islam, déclara qu’elle partait se marier avec un Marocain. Lorsqu’on lui demanda quelle profession elle exerçait, elle répondit qu’elle était sous-lieutenant dans l’armée belge.

La jeune femme a aujourd’hui le grade de lieutenant et est sous surveillance. Mais rien ne peut lui être reproché. Ses convictions font partie de sa liberté de pensée. Les enquêteurs se sont cependant souvenus de Muriel Degauque, cette jeune convertie belge qui avait été le 9 novembre 2005 la première femme d’origine européenne à avoir commis un attentat-suicide au nom de l’islamisme, à Bakouba en Irak.

Autre incident : le 31 mai dernier, parmi les neuf personnes interpellées à Molenbeek après des émeutes protestant contre le sort réservé à une jeune femme portant la niqab, figurait également un militaire. Il a été relâché.

D’autres screenings ont eu lieu, particulièrement parmi les convertis. Ils n’ont rien donné. "Nous les surveillons, le SGRS les surveille , explique un responsable de la Sûreté de l’Etat, mais sur quels critères pouvons-nous les mettre de côté ?"

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