Belgique

Confiscation de passeports, manque de communication, confinement dans un local, fouilles dégradantes : les jeunes Bruxellois, membres de l'ASBL Bien ou Bien, ne sont pas prêts d'oublier leur (tentative de) voyage post-examen en Israël.

Cela devait être un voyage enrichissant. Il a abouti sur beaucoup "de colère", et surtout "d'incompréhension", pour l'ASBL Bien ou Bien, plate-forme "née de l'envie de jeunes de pouvoir mettre en place des projets et des animations adaptés à un public adolescent". Plusieurs jeunes de l'ASBL avaient choisi de se rendre en Israël pour découvrir les lieux culturels locaux et se détendre après une session d'examens. Après plus de 7 heures d'interrogatoires dans un local où très peu d'informations leur ont été partagées, ils se sont vus confisquer leur passeport. Avant d'être, in fine, expulsés et contraints de regagner la Belgique - ils venaient d'atterrir à Bruxelles ce matin. Traumatisé, le groupe vient de sortir du commissariat qui, après une enquête sur le profil de chacun d'entre eux, "nous a assuré que ce refoulement n'avait aucune raison d'être", commente le responsable du groupe Ali el Abbouti.

Au total, huit jeunes Belges ont été refoulés dont Chahida (24 ans), Jihane (19), Inssaf (21), Zara (21) et Ali (29). "Étonnamment, seuls les belgo-Belges sont passés. Celles et ceux d'origine marocaine ont été refoulé(e)s".

"Nous sommes choqués de ce qu'il nous arrive", poursuit-il. "Arrivés sur place, on devait directement passer par la douane. Une fille de notre groupe a pu directement rentrer tandis que le reste du groupe était prié de nous mettre sur le côté pour un interrogatoire. Après deux heures d’attente, une première amie du groupe a été interrogée puis chacun à son tour avec plus d’une heure à chaque fois d’intervalle. Des questions ostentatoires à la vie privée nous ont été posées par des interrogateurs agressifs. On nous a demandé ce qu'on venait faire ici, pourquoi on n'allait pas en Turquie ou en Croatie. On nous a demandé si on était musulman, si on était pratiquant, etc. Le policier était costaud, agressif. Tout cela a duré 7 heures ! Comment peut-on faire attendre autant de temps un groupe de jeunes dont le seul but était de venir se détendre après une session d’examen, de venir visiter les lieux et faire des découvertes culturelles ? Nous ne trouvons pas cette situation normale, elle est au contraire des plus déplorables ! Sachant qu’en plus, durant le temps d’attente, aucune information nous a été donnée, nous n’avons été au courant de rien jusqu’à ce que les autorités nous avertissent que nous allions être expulsés tous ensemble..."

Pire, durant leur 'détention', le groupe n'a rien reçu à manger ni à boire. "Lors des sept heures d'attente pour les interrogatoires, nous n'avons rien reçu. Après, ils nous ont emmené au sous-sol, dans une pièce avec une quarantaine d'autres personnes. Là, on a demandé à manger et à boire. Ils sont arrivés avec un pichet d'eau et douze sandwiches pour tout le groupe. 'Vous n'avez qu'à partager', nous ont-ils dit. Ensuite, vers 22 h 30, nous avons tous reçu un billet de retour, sans explication et nous sommes remontés aux départs. Ils nous ont aussi dit que nous récupérerions nos passeports en Belgique. Du coup, on n'a rien pu acheter dans l'aéroport car, sans passeport, tu ne peux rien acheter." 

Lors du check-in, juste avant le départ, les jeunes ont par ailleurs été minutieusement fouillés. "Il s'agissait d'une fouille totale. Tout le monde devait se mettre nu, sans le slip ou la culotte. C'était très humiliant, surtout pour les filles. Certaines ont aussi dû retirer leur voile pour une fouille des... cheveux." Au final, les jeunes de l'ASBL Bien ou Bien sont restés jusqu'à 4 h du matin sans boire ni manger. "Soit, au total, peut-être 11 h sans eau ni nourriture. Quasi sans sommeil. Sans hygiène non plus car nous n'avions pas nos bagages."

L'une des filles refoulées envisage de porter plainte. "Elle est juriste de formation. On sait que cela ne mènera peut-être pas à grand-chose mais c'est pour marquer le coup. Et aussi pour comprendre. Car, aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas pourquoi nous avons été refoulés !" Rendez-vous sera également pris auprès de l'ambassade d'Israël en Belgique.

Contacté par nos soins, le SPF Affaires étrangères n'avait, à ce stade ce matin, pas encore d'éléments concrets à apporter à cette affaire. Précisons d'aventure que Bien ou Bien n'est pas une ASBL a priori politisée. Au menu de ses dernières activités : une rupture du jeûne solidaire, une collecte de fonds pour un voyage humanitaire au Sénégal ou encore la visite de la rédaction de Mediapart, ainsi qu'une rencontre avec le journaliste Edwy Plenel.

© Facebook

Le témoignage des jeunes bloqués à l'aéroport et interdits d'accès en Israël