Des listes d’attente qui s'allongent

C.T. (st.) Publié le - Mis à jour le

Belgique

C’est un fait : nous vivons de plus en plus longtemps. En soi, c’est une bonne chose. Mais cela comporte aussi des désagréments. Notamment au niveau de la prise en charge une fois que l’autonomie commence à diminuer. Tant le personnel médical que les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme. La demande de place en maisons de retraite ne fait qu’augmenter et l’offre a du mal à suivre. Les listes d’attente s’allongent. Les établissements ne sont pas prêts à satisfaire les nombreuses personnes qui doivent patienter à leurs portes. " J’ai deux cents personnes sur une liste, qui attendent qu’une place se libère. Bien entendu, il y a des cas plus urgents que d’autres et on en tient compte, mais leur nombre ne cesse d’augmenter" , confie la directrice d’une maison de repos de la capitale.

De nos jours, non seulement les gens vivent davantage, mais ils vieillissent également mieux. " C’est fini le temps où, à 65 ans, on était bon pour les pantoufles et la sieste matin, midi et soir. A présent, ‘les vieux’ comme on dit ne restent plus tranquillement dans leur coin. Ils font de la marche, de la danse, etc." , constate Paul Merckx, directeur du "Gibloux". Effectivement, entre tricots, jeux de cartes et danses variées, les pensionnaires n’ont pas le temps de s’ennuyer dans cette maison de repos de Waterloo. Dans une salle décorée de papillons par les locataires, tout le monde se prépare d’ailleurs pour la guinguette annuelle, qui aura lieu le soir. " Tout est une question d’adaptation au vieillissement. C’est là que le véritable changement s’opère depuis quelques années" , explique M. Merckx.

Car l’organisation même des maisons de repos n’a pas fondamentalement changé avec le vieillissement de la population. En cause ? Les contrôles stricts dont elles font l’objet. Des lits supplémentaires par exemple s’accompagnent d’une procédure draconienne encadrée notamment par l’Institut national de l’assurance maladie invalidité (Inami). Cette dernière contribue il est vrai pour à peu près la moitié des revenus des maisons de retraite - l’autre moitié provenant des résidents. Ce qui lui donne l’obligation de vérifier que toutes les normes sont respectées scrupuleusement. " Si un ascenseur ne plaît pas à l’inspecteur, il faut le changer" , caricature la directrice bruxelloise.

Et d’autres inspections s’ajoutent à celle de l’Inami. Ainsi, le SPF Economie vérifie les prix pratiqués. Et l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) envoie régulièrement des contrôleurs vérifier la qualité des aliments. " Ces nombreuses vérifications me semblent normales, c’est dans l’intérêt de tous , explique M. Merckx, du "Gibloux". Si un centre pour personnes âgées décide de s’agrandir, il doit respecter les normes. Même si nous gérons des entreprises, elles doivent rester à taille humaine et offrir un service public ."

Tous les directeurs rencontrés insistent sur un point : il y a intérêt à ne pas s’y prendre à la dernière minute pour s’inscrire dans un établissement adapté à ses besoins. Il est important d’en parler au sein de la famille pour éviter d’être pris au dépourvu. " Changer de milieu est de plus en plus difficile à mesure que l’on vieillit. L’idéal serait de rentrer dans une maison de retraite par choix, et non à cause d’un accident de la vie" , explique M. Merckx. Dans cette maison de repos, on se souvient de Nelly, grande consommatrice de tartes aux abricots, qui n’a pas supporté un déménagement à plus de 90 ans. "A la voir quelques mois plus tôt, qui aurait pensé qu’elle s’en irait si vite ?" , se questionne un de ses proches.

La décision d’aller en maison de repos résulte souvent de deux causes : le veuvage et la dégradation soudaine de la santé. Afin d’éviter une double déchirure, il est donc essentiel de prendre ses dispositions avant d’arriver à un état de dépendance trop avancé. Souvent, cette détérioration rapide n’est même pas envisagée par la personne âgée et son entourage.

Marie-Jeanne, 88 ans, vivait il y a encore peu seule dans son appartement. Après être tombée plusieurs fois, elle a finalement décidé, en concertation avec ses proches, de rejoindre une résidence adaptée à sa situation. Depuis lors, Marie-Jeanne revit. " Je fais un tas d’activités, je me suis même remise à danser."

Effectivement, s’installer en maison de retraite n’est plus synonyme de passivité comme en témoigne cette octogénaire qui ne manque pas son verre de whisky quotidien. Le vieillissement de notre population ne devrait donc pas profondément modifier les structures d’accueil pour personnes âgées. " Des agrandissements à outrance ne sont pas la panacée , confie un directeur. L’idéal serait de multiplier les établissements de taille raisonnable si l’on veut conserver leur qualité de vie ."

Si adaptation il y a, c’est davantage dans le type de prise en charge qu’il faut la trouver. En proposant des animations qui correspondent aux nouvelles attentes de nos aînés, notamment. A l’avenir, l’enjeu sera, mieux que d’ajouter des années à la vie, de donner de la vie aux dernières années.

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