Belgique

Audience

Des enfants s'agitent sur un podium et, à l'arrière-plan, une fine silhouette blonde danse. Même si la vidéo amateur est de piètre qualité, on reconnaît Nathalie Mahy, 10 ans, filmée à la braderie du quartier Saint-Léonard, à Liège. Il est précisément 22 h 32. Ces quelques images, les dernières de l'enfant retrouvée morte à 500 mètres de là, aux côtés de Stacy Lemmens (7 ans), diffusées mardi matin à l'audience, ont plongé la cour d'assises de Liège deux ans plus tôt, la nuit du 9 au 10 juin 2006, au moment et à l'endroit où le drame se nouait, devant le café "Les Armuriers".

Quelques heures plus tôt, sur la même bande, à 18 h 19, on aperçoit Abdallah Ait Out qui arrive à la braderie. Il est aujourd'hui poursuivi pour les viols et les assassinats de Nathalie et de Stacy.

Les grands moyens

L'émotion est montée d'un cran lors de la projection des images de la découverte des corps des enfants. Les familles ont alors quitté la salle, à l'exception de Catherine Dizier, qui voulait guetter une éventuelle réaction sur le visage de l'accusé. M. Ait Oud est resté impassible.

Entendu mardi, le commissaire Roger Cleeren, chef d'enquête, a expliqué que les recherches ont démarré dès que la disparition des enfants a été signalée, à 3 h 13 minutes. "On a utilisé les grands moyens. On recherchait des petites filles vivantes." Quarante hommes ont entamé les fouilles des zones directement accessibles.

Une enquête de voisinage démarre très vite. Les inspecteurs Salvatore Stivala et Sandrine Swaelens, rappelés le samedi à 17 heures, auditionnent les enfants qui participaient au spectacle, les parents, les clients et habitués des "Armuriers".

Spontanément, la serveuse du café, Christelle Bertho, indique aux policiers que son ami n'est pas venu la rechercher samedi à l'aube, à la fin de son service, comme il en a l'habitude.

Cette information met les enquêteurs sur la piste d'Ait Oud, qui devient vite un suspect : il était à la braderie ; il a disparu en même temps que les petites filles ; il n'a plus donné signe de vie depuis lors. En plus, il a des antécédents de moeurs.

Ronces et lierre

Le dimanche, à 11 h 40, les policiers perquisitionnent à son domicile, rue Saint-Léonard, pour chercher une trace des enfants ou le "témoin" lui-même. M. Ait Oud n'est pas là : se sachant recherché, il a pris la fuite.

Le mardi 13 juin, vers 21 heures, Abdallah Ait Oud se présente à l'hôtel de police, rue Natalis. Il affirme n'être pour rien dans la disparition des fillettes, qu'il ne connaît pas, qu'il n'a jamais vues. Mais son emploi du temps contient de nombreuses contradictions.

Et il porte sur les bras, sur les épaules, et dans le dos nombre d'égratignures, de griffures et d'éraflures, qui intriguent les enquêteurs. Il se serait blessé aux ronces du jardin qui mène au studio de Christelle.

Ses explications ne convainquent pas. Les enquêteurs retournent avec lui sur les lieux, prennent des photos. Qui sont projetées à l'audience. On se rend vite compte que ses allégations ne tiennent pas. Le jardin est couvert de lierre ; les quelques ronces ne dépassent pas 40 cm et n'atteignent certainement pas la hauteur de la taille.

En revanche, on trouve sur le site du chemin de fer des buissons qui ont pu provoquer les lésions constatées sur le corps d'Ait Oud.

Idem pour la présence de végétaux sur les vêtements de l'accusé. Comme ces fleurs d'avena détectées à la fois dans les poches de son jeans, dans le siphon de l'évier où le pantalon a trempé et sur les corps des filles. Or, il n'y a pas d'avena sp. dans le jardin de Christelle, mais bien sur le site où les corps ont été retrouvés. Confronté à ces preuves scientifiques, Ait Oud expliquera aux enquêteurs qu'il a l'habitude d'arracher des feuilles quand il urine dans la nature et qu'il les met en poche. Le prenant au mot, les policiers ont saisi six autres pantalons lui appartenant : aucun ne contenait de débris végétaux...

L'examen des fibres textiles relevées sur les vêtements de Stacy et de Nathalie et sur ceux qu'Ait Oud portait la nuit des faits montre de nombreux transferts et des "contacts intenses". Les experts scientifiques concluent aussi à l' "appartenance probable" à Stacy Lemmens de trois cheveux - qui ont été arrachés - découverts sur la face arrière du pantalon d'Ait Oud. Dans un premier temps, il a affirmé ne jamais avoir eu de contacts avec Stacy et Nathalie.

Confronté à l' "évidence des fibres", comme le dit un enquêteur, il changera de version : peut-être a-t-il quand même eu un contact avec les fillettes pour les aider à monter sur le podium placé devant "Les Armuriers".