Belgique

Le Palais royal n’a pas l’habitude de commenter des informations sur des attaques visant les membres du cabinet du Roi mais, contacté par "La Libre", le conseiller de presse Pierre-Emmanuel De Bauw n’a pas hésité dimanche à utiliser le terme "affabulations" à propos des accusations portées par Me Pierre Legros contre le chef de cabinet du Roi, Jacques van Ypersele, dans une interview à paraître dans "Humo".

Comme on l’a lu dans certaines de nos éditions du week-end, l’ancien bâtonnier de Bruxelles, proche du Grect qui fut à la base du voyage du prince Laurent en Afrique, suggère que M. van Ypersele serait l’instigateur de la polémique expliquant notamment que "les deux hommes ne sont pas amis" et que la source du conflit serait le fait que le Prince s’était détourné du catholicisme.

Une explication qui renvoie à des rumeurs du début des années 1990 et plus particulièrement à l’objection de conscience du roi Baudouin face à l’approbation de la loi sur l’avortement. Pour rappel : le Roi avait volontairement interrompu son règne le temps que le Parlement promulgue en chambres réunies cette législation car, tout en ne partageant pas son contenu, il tenait à ce qu’elle entre en application. A l’époque, on avait vu la main de son chef de cabinet, Jacques van Ypersele, derrière toute cette opération mais surtout cru déceler une présence pesante et presque sectaire (!) du Renouveau charismatique à Laeken avec dans certains journaux des descriptions de séances de prière que ne dédaignerait pas Dan Brown himself. Ce qui est certain car il ne s’en est jamais caché, c’est que le chef de cabinet est un catholique convaincu, mais cela ne l’a jamais empêché d’organiser des rencontres avec des croyants d’autres convictions et c’est du reste lui qui a fait venir la libre pensée organisée au Palais.

Bien que, sur le terrain, le Roi et son entourage aient clairement montré que les accusations étaient une "légende urbaine", elle a continué à vivre, reprise dans certains livres de "royalty watchers" autoproclamés mais aussi par feu le Grand Maréchal Liebaers qui avait encore quelques comptes à régler avec son dernier employeur. Le "hic" est que si Pierre Legros a repris la thématique, elle a aussi été évoquée par le prince Laurent qui est sorti de son mutisme pour quelques confrères.

Ainsi, il a accordé un entretien au "Soir" et à "Sud Presse". Le fils cadet du Roi a ainsi demandé à la presse de le soutenir plutôt que l’écraser : "Vous cherchez à faire du sensationnalisme. Il faudrait un jour que vous me souteniez plutôt que de m’écraser sans arrêt." "Lorsque je dis ce que je fais, personne ne l’écrit. Lorsque je n’ai pas fait quelque chose, tout le monde en parle plutôt que de se dire : essayons de le soutenir dans son travail en faveur de la communauté au sens large", a-t-il dit à un confrère de la rue Royale.

Mais le Prince s’est aussi exprimé dans un contact non enregistré par la RTBF. Et là, il a repris à son compte personnel l’accusation formulée par Pierre Legros ! Disant ne pas devoir se justifier sur son action, il a très vite ciblé le chef de cabinet de son père : "C’est éreintant quand on essaie d’être créatif, de faire un travail. [ ] Je ne vous parle pas pour me défouler, je suis très calme. Ça suffit. Il y en a un qui dirige au Palais et c’est celui-là (NdlR : Jacques van Ypersele) qui me veut des misères depuis des années."

Toujours selon le Prince, le Palais utilise la presse et Yves Leterme pour le bloquer dans ses activités mais, comme "La Libre" n’a cessé de le souligner depuis mercredi dernier, le Roi n’a pas caché son ire, réelle, face à la décision du Prince d’outrepasser les conseils du gouvernement et du Palais Toujours dans son contact avec la RTBF, le prince Laurent a aussi dérapé contre les médias, parlant de "la stupide presse flamande" , lâchant une provocation communautaire qui n’a pas de sens puisque toute la presse belge, sans exception, l’a critiqué.

"Il est facile de me dépeindre comme un idiot et un incapable, mais ça ne me ressemble pas. Mes projets sont reconnus internationalement", a encore dit Laurent de Belgique, qui aurait également déclaré, cette fois à Pascal Vrebos (RTL-TVi) : "Je ne me laisserai plus faire."

Toutes ces déclarations ont fait les choux gras des débats télévisés. A "Controverse" (RTL-TVi), Catherine Fonck (CDH) a demandé au Prince "de ne pas opter pour la surenchère", car une telle attitude, "maladroite", a relevé Louis Michel (MR), pourrait le desservir, desservir la monarchie et desservir la population belge. Louis Michel a abordé la question du maintien de la dotation (312 000 €) attribuée au Prince de façon franche : "Si le prince Laurent veut être un homme libre, qu’il renonce à sa dotation et on le laissera travailler." Quant aux attaques du Prince contre M. van Ypersele, de nombreux intervenants, comme Louis Michel et le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, précisant tous deux qu’ils n’étaient pas "des supporters" de l’intéressé, les ont jugées malvenues alors que Me Legros, parlant du discours "shakespearien" du Prince, a relevé, lui, que Laurent "cherchait des explications".

A la RTBF, la conclusion du panel politique est qu’il faudra "recadrer quelque peu le prince Laurent" mais les participants se sont aussi longuement penchés sur l’avenir des dotations avec les éclairages des constitutionnalistes Christian Behrend et Francis Delpérée, mais aussi d’Armand De Decker qui pilota la réflexion du Sénat sur l’avenir de celles-ci au règne prochain

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