Belgique

Les salles de consommation de drogues à moindre risque, aussi baptisées "salles de shoot" (dans un raccourci réducteur), existent depuis plus de 20 ans en Europe. Ce sont des locaux mis à disposition des toxicomanes, qui ne peuvent ou ne veulent plus décrocher de leurs produits, pour s’injecter ou inhaler leur drogue dans les meilleures conditions sanitaires possibles. On en compte déjà plus de 80, dont 25 en Allemagne, 45 aux Pays-Bas et 2 au Grand-Duché de Luxembourg. Ces salles ont fait leurs preuves en matière de réduction des risques; des études sont parues à ce sujet dans plusieurs publications médicales et scientifiques. En verra-t-on s’ouvrir bientôt en Belgique ? La question était au centre d’une journée d’étude organisée jeudi par la Liaison antiprohibitionniste, en collaboration avec la division Prévention drogues de la ville de Charleroi et "Le Comptoir".

Matériel stérile

Sur le terrain, des études de faisabilité sont en cours à Bruxelles, Charleroi, Liège, Gand et Anvers. En matière de réduction des risques, on ne part pas de rien. Depuis 1994, des comptoirs d’échanges de seringues ont vu le jour : ils permettent aux toxicomanes de se fournir en matériel stérile d’injection. "Mais les équipes qui travaillent dans ces comptoirs ont besoin d’un mandat plus clair", insiste Muriel Goessens, directrice de l’ASBL Transit, à Bruxelles, et responsable de la Plateforme des coordinations locales drogues (qui regroupe les 5 grandes villes). "Les règles actuelles mettent les professionnels qui accueillent ces usagers de drogues dans une contradiction éthique impossible à tenir et les consommateurs dans une situation inacceptable", témoigne-t-elle. En clair : on donne du matériel stérile aux gens mais on les laisse se débrouiller ensuite. "La réalité, c’est que des pratiques de consommation ont lieu aux pourtours de nos institutions et qu’on assiste à des scènes d’injection sur la voie publique. Dans des lieux inadaptés, sans hygiène et au vu de tout le monde."

Passage en douce ?

Même si on met de côté les questions éthiques, l’ouverture de salles de consommation heurte de front l’article 3 de la loi de 1921 sur les stupéfiants qui pénalise la facilitation de l’usage en procurant un local. Du côté politique, on se montre très frileux en la matière. L’accord de gouvernement n’en pipe mot et il n’existe pas de proposition visant à amender la (vieille) loi en ce sens.

"On pourrait imaginer un passage en douce comme en 1994 avec l’ouverture des comptoirs d’échanges de seringues", avance Muriel Goessens. L’arrêté royal n’est venu combler le vide qu’en juin 2000, rappelle la directrice de Transit. Avant cette date, il n’était pas permis qu’aux pharmacies et aux services médicaux de délivrer du matériel stérile d’injection. "Mais est-ce bien aux équipes de terrain de prendre tant de risques ?", interroge-t-elle. "L’aide et le soutien à la personne en danger, qui est une éthique de la bien-traitance, ne nous imposerait-elle pas de nous engager sans plus attendre dans un tel dispositif ?"

La responsable de la plate-forme des coordinations locales drogues pointe un "signal fort" qui vient d’être lancé par la ville de Gand. Le nouveau Plan Drogues 2013-1018, qui a fait consensus au sein de la majorité mais aussi de l’opposition CD&V, fait référence à sept axes prioritaires d’intervention, dont le premier est la réduction des risques. Parmi les différentes initiatives retenues apparaît, en toutes lettres, la volonté d’expérimenter les salles de consommation.