Belgique C’est le cas d’un client de l’avocat Walter Van Steenbrugge, qui se plaint de la frilosité des autorités belges et européennes.

Ces derniers jours, à l’approche du référendum turc sur une réforme de la Constitution, il a été fait état de graves pressions exercées sur les partisans de l’opposant au régime de Recep Tayyip Erdogan, Fethullah Gülen.

Dans "La Libre" du 4 avril, nous indiquions que le consulat d’Anvers menait une chasse aux pro-Gülen, que des menaces avaient été proférées à l’égard de parents d’écoliers scolarisés dans des écoles gülenistes de Flandre, que des propos inquiétants étaient relayés sur Facebook, notamment par la branche belge du parti d’Erdogan l’AKP.

Un pas supplémentaire semble avoir été franchi, si l’on en croit le ténor du barreau gantois Me Walter Van Steenbrugge, par les services de renseignements turcs. Selon lui, ils auraient l’intention d’interpeller et de rapatrier de force des citoyens turcs en exil en Belgique, ainsi que l’ont relaté, mercredi, "Het Laatste Nieuws" et "De Morgen".

Le Parlement et la Sûreté de l’Etat avertis

Me Van Steenbrugge, que nous avons contacté par téléphone, nous a confirmé que l’un de ses clients, un industriel turc installé en Belgique depuis trois ans et proche du mouvement Gülen, du nom du prédicateur accusé par Ankara d’avoir ourdi la tentative de putsch du 15 juillet dernier, courait un grand risque. "Il vit caché et entouré par des gardes du corps depuis qu’il a appris que les services secrets turcs cherchaient à l’enlever et à le ramener de force en Turquie où il fait l’objet d’un mandat d’arrêt."

L’avocat nous a confié avoir, il y a cinq, six semaines déjà, averti de la situation la Sûreté de l’Etat mais aussi les autorités politiques et notamment des parlementaires. "Mais je dois constater que rien n’a été fait. Pourtant depuis des mois, circulent sur le Net des avis de recherche visant des opposants au régime. Plusieurs de ceux qui figurent sur la liste vivent en Belgique. Ankara promet beaucoup d’argent à ceux qui pourraient l’aider à localiser les traîtres présumés et à les ramener en Turquie", scande l’avocat, qui a peur pour son client et… pour lui.

Il n’en a pas moins décidé de déposer plainte, au nom de deux organisations internationales, auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Il en déposera une troisième, en référé, pour le compte de son client afin que la CEDH déclare nuls les mandats d’arrêt délivrés contre l’industriel. Me Van Steenbrugge serait le premier en Europe à recourir à la CEDH pour dénoncer cette situation. Il compte également interpeller la Banque mondiale afin de contraindre la Turquie à rembourser l’argent confisqué à certaines holdings. "Après la tentative de coup d’Etat, des comptes ont été bloqués et pillés. Il est question de milliards d’euros", affirme-t-il.

Sur le fond, l’avocat flamand se dit inquiet : "On voit bien que les politiques belges et européens n’osent pas bouger. Ils ont trop peur de froisser M. Erdogan, trop peur qu’il ouvre les vannes d’une immigration que l’Europe redoute. Mais les enjeux humains sont importants. Si Erdogan remporte le référendum, modifie la Constitution et rétablit la peine de mort, ses opposants, comme mon client, qui risquent déjà gros aujourd’hui, risqueront leur vie."