Destexhe: "La RTBF veut imposer le communautarisme"
Le député bruxellois a accepté de réagir, mercredi, à la polémique engendrée par ses propos sur Facebook.
- Publié le 22-07-2015 à 18h34
- Mis à jour le 22-07-2015 à 19h43

Le député bruxellois Alain Destexhe (MR) a accepté de réagir, mercredi, à la polémique engendrée par ses propos sur Facebook, suite à un reportage de la RTBF consacré à la fête nationale. (Lire: Destexhe s'indigne d'un reportage de la RTBF et crée la polémique, en cliquant ici.)
Votre message Facebook a suscité l'émoi. Vous le comprenez ?
Les seuls indignés sont quelques gauchistes professionnels. La plupart des réactions me sont favorables. C'est une fausse polémique qui vise à museler la liberté d'expression, à empêcher le débat public sur l'islam ou l'immigration.
Sur le fond, que reprochez-vous au reportage de la RTBF ?
Ce qui me dérange, c'est que la seule personne qui est interrogée soit une femme voilée. Et j'aurais dit la même chose s'il s'était agi d'un juif avec une kippa ou d'un chrétien avec une grande croix autour du cou. Ce reportage ne respecte pas le pluralisme dont la RTBF doit faire preuve en tant que télévision publique. Ce qu'on nous donne comme seule représentation de la Belgique, c'est une femme voilée.
Vous n'en faites pas un peu trop pour un simple reportage sur le 21 juillet ?
Mais ai-je encore le droit d'être choqué par ça ? Vit-on encore dans un pays où l'on respecte la liberté d'expression ? Le voile est un signe religieux ostensible. Si la RTBF avait voulu respecter le pluralisme, elle aurait interrogé plusieurs personnes, y compris, pourquoi pas, une femme voilée.
Il ne s'agissait que de recueillir l'impression d'une personne qui participait à une sorte de grand bal populaire.
Et comme par hasard, la seule personne choisie est une femme voilée…
La RTBF l'aurait fait exprès, selon vous ?
Oui, elle l'a fait exprès.
Dans quel but ?
D'imposer progressivement le communautarisme aux Belges.
Quel est le danger du communautarisme ?
Le communautarisme est la volonté de permettre aux communautés de vivre recluses dans leur coin, comme elles le veulent, sans chercher à s'intégrer. Le communautarisme est une régression, c'est le contraire de l'intégration.
Et vous faites le lien avec le port du voile ?
Le voile, pour moi, c'est une régression. Après des années de sécularisation de notre société, on assiste à un retour du religieux, mais, en fait, c'est le retour d'une seule religion, l'islam. La hausse du port du voile à laquelle on assiste en Belgique est un problème. Beaucoup de femmes au Moyen-Orient se battent pour ne pas devoir le porter. Le voile est un signe de soumission à Dieu qui, dans la majorité des cas, est imposé par les hommes, les gouvernements ou les islamistes.
Destexhe, le récidiviste
Janvier 2012: "Tes amis norvégiens ont encore frappé."
Tel est le message adressé sur Facebook à une amie MR, quelques heures après des actes de vandalisme dans la station bruxelloise de prémétro Victor Horta. Avant même que le procès soit ouvert, Alain Destexhe pointe déjà du doigt les coupables. Le terme "Norvégiens" est une formule populaire pour désigner les personnes d'origine nord-africaine. C'est donc la communauté maghrébine qui est visée. Pourtant, les vandales étant encagoulés, rien ne permet de déterminer leur origine. Ce dérapage ne manque pas de susciter la polémique. Mais Destexhe persiste : "C'est une private joke avec une amie", se défend-il. Et d'ajouter : "Et puis, si j'ai envie de penser que ce sont des Norvégiens qui ont fait le coup, cela me regarde." Sujet à de nombreuses critiques, l'intéressé formule tout de même des excuses et retire son message du réseau social. Il n'est à l'époque pas sanctionné par son parti, même si Charles Michel, alors président du MR, condamne fermement ses propos.
Octobre 2013: "L'absentéisme massif dans les écoles lors de l'Aid est un exemple de plus de l'échec de notre modèle d'intégration."
L'Aid-El-Kebir ou fête du sacrifice, est l'une des fêtes musulmanes les plus importantes. C'est pourquoi, ce jour-là, certains élèves de confession musulmane ne vont pas à l'école. Un constat que le sénateur MR s'empresse de vouloir généraliser, en téléphonant à une dizaine d'écoles bruxelloises à forte population musulmane. Les résultats de son enquête ? Entre 50 % et 90 % d'élèves absents dans lesdites écoles. Alain Destexhe rédige alors un communiqué acerbe : "C'est notre pays qui s'adapte à la culture des autres et non l'inverse", s'indigne-t-il. Et de critiquer l'hypocrisie des partis de gauche – entendant par là PS, Ecolo et CDH – incapables, selon lui, de faire respecter le calendrier scolaire qu'ils se sont engagés à faire appliquer.
Janvier 2015: "Défendre Zemmour, c'est honorer la mémoire des journalistes de Charlie Hebdo."
Au lendemain des attentats de Paris, Alain Destexhe fustige les médias qui ne publient pas les caricatures du prophète Mohammed, par peur de mettre de l'huile sur le feu. Il critique la "tyrannie du silence", et loue les "briseurs de silence"… Eric Zemmour, par exemple. Le sénateur MR défend le polémiste auteur du "Suicide français" autant qu'il dénonce le "politiquement correct". Il dénonce le double discours de ceux qui "sont Charlie" et voudraient limiter la parole des provocateurs, en invoquant l'islamophobie. Pour le sénateur libéral, l'islamophobie n'est d'ailleurs qu'une manipulation, positionnant le droit au blasphème et le racisme dans une relation de cause à effet. Il propose ainsi sa propre définition de l'islamophobie : la liberté de critiquer l'islam en tant que religion. Une liberté essentielle, selon lui.