Belgique

Bahar Kimyongür, militant du groupe d’extrême-gauche turc DHKP-C, a déposé entre les mains du juge d’instruction Olivier Leroux une plainte contre X, avec constitution de partie civile, pour "atteintes aux droits garantis par la Constitution", "coalition de fonctionnaires", "abus d’autorité" et "complicité de traitement inhumain et dégradant, voire de torture". La plainte est dirigée contre "des hauts fonctionnaires de l’Etat qui auraient participé à un scénario machiavélique visant à faire arrêter Bahar Kimyongür aux Pays-Bas" selon l’avocat du plaignant, Me Chrisophe Marchand.

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et provoqué d’innombrables rebondissements politiques et juridiques. Il y a cinq ans, Bahar Kimyongür, de nationalité belge, avait été inculpé dans l’affaire dite "DHKP-C", du nom de l’organisation d’extrême gauche turque, suspectée de visées terroristes, dont il était l’un des sympathisants. On lui reprochait d’avoir diffusé en Belgique, un communiqué du DHKP-C sur un attentat commis en Turquie.

Il avait été condamné en 2006 par le tribunal correctionnel de Bruges pour appartenance à un "groupe terroriste" et la cour d’appel de Gand avait même aggravé le premier jugement en déclarant Kimyongür coupable d’être le "chef d’une association à vocation terroriste". Par la suite, et après cassations, l’intéressé fut acquitté par les cours d’appel d’Anvers et de Bruxelles, qui avaient estimé qu’on ne pouvait le condamner dès lors qu’il n’avait commis d’attentat ni en Belgique ni à l’étranger. Parallèlement, la Turquie, qui voulait enquêter sur les agissements du DHKP-C, avait demandé des extraditions et délivré des mandats d’arrêts internationaux. En vain car la Belgique ne peut extrader ses nationaux.

Toutefois, au cours d’une réunion tenue secrète, 25 hauts fonctionnaires de l’Etat auraient ébauché un plan pour livrer Bahar Kimyongür à la Turquie. C’est ainsi que le 28 avril 2006 Kimyongür fut arrêté aux Pays-Bas en vertu d’un mandat d’arrêt international turc et placé en détention pendant plus de deux mois. Finalement, le tribunal de première instance de La Haye le libérera, estimant trop légers les éléments justifiant le mandat d’arrêt dirigé contre lui.

Selon Me Marchand, il ne fait aucun doute que "l’Etat belge a décidé de participer à une arrestation en vue d’envoyer l’un de ses ressortissants se faire torturer en Turquie". Dans un rapport du comité R (chargé de la surveillance des services de renseignements), un membre de la Sûreté de l’Etat avait dit avoir été "choqué par la nature de la mission".

La ministre de la Justice de l’époque, Laurette Onkelinx (PS), avait démenti l’information selon laquelle la Belgique aurait livré M. Kimyongür aux Pays-Bas afin de faciliter son extradition vers la Turquie.

Toujours est-il que toute la lumière n’a pas été faite autour de cette affaire. Bahar Kimyongür a déclaré lors d’une conférence de presse, mercredi, qu’il était déterminé à savoir ce qui s’était passé lors de cette réunion. "C’est un combat pour la démocratie" a-t-il conclu.R.H. (st.)