Belgique

La première mission du Roi, au lendemain des élections fédérales, à savoir la nomination d'un ou de deux informateurs, devrait se concrétiser dans les prochaines heures. Lundi, le Roi avait reçu les vainqueurs des élections (les leaders du CD & V, du MR, d'Ecolo, et du CDH). Mardi il a mélangé vainqueurs et vaincus : Vera Dua (Groen !), Elio Di Rupo (PS), Johan Vande Lanotte (SP.A), Geert Lambert (Spirit), Bart De Wever (NV-A) et Jean-Marie Dedecker, lequel n'a jamais raté une occasion de critiquer la monarchie et ses "fastes" et s'est souvent prononcé pour une République.

Mardi midi, c'était jour de fête et de champagne au MR : les membres du bureau ont célébré la victoire et écouté Didier Reynders dresser la liste des victoires. La suite ?

1 Quel(s) informateur(s) ? Deux scénarios circulaient toujours mardi soir : soit le Roi charge un "couple", un libéral francophone et un démocrate-chrétien flamand, soit il confie directement la mission d'information à Didier Reynders. Le président du MR semble prêt à remplir ce rôle qu'il n'entend pas limiter au "bac à sable". La mission de formation devrait ensuite être confiée à Yves Leterme.

2 Qui, Premier ministre ? C'est donc Yves Leterme, le prochain Premier ministre ? Probable, mais pas encore certain. Mardi, Didier Reynders a répété que son parti était dans la capacité de réclamer cette fonction étant donné que le MR est le parti le plus important de la famille politique la plus importante. Ainsi, si le CD & V veut à tout prix louer le "16" rue de la Loi, il devra le négocier, même si les démocrates-chrétiens flamands estiment que ce poste leur revient car le CD & V est le plus grand parti, en termes de voix.

Didier Reynders avance un autre argument pour justifier son ambition : la cohésion au sein de chaque famille. "Nous n'avons pas hésité, Guy Verhofstadt et moi, à faire campagne ensemble, nous avons même conçu ensemble un projet de nouvelle réforme fiscale. Je ne suis pas certain que la cohésion soit la même au sein de la famille chrétienne-humaniste-nationaliste". Et toc.

3 Y a-t-il de l'eau dans le gaz entre CD & V et CDH ?

Mardi matin, chez Jean-Pierre Jacqmin (Matin Première), Yves Leterme semblait sous-entendre que si Joëlle Milquet refusait d'entrer dans un gouvernement sans la NVA, il pourrait trouver d'autres partis pour constituer sa majorité. Il n'a pas dit à qui il pensait. Au PS ? Le raisonnement de M. Leterme est curieux car il est évident que le MR fera tout pour éviter de prendre le PS au fédéral. Et si un compromis communautaire était jugé défavorable pour les francophones par le CDH, il est probable que le PS serait du même avis. Le CDH a redit, mardi, qu'il était prêt à prendre ses responsabilités, c'est-à-dire à participer à la négociation d'un accord gouvernemental. Si la participation devait se concrétiser, la vie du CDH au gouvernement pourrait être délicate : d'après certains calculs, le CDH ne disposerait que de 2 ministères contre 5 au MR. Mais on n'en est pas là...

3 Quelle coalition ? Pour Didier Reynders, la bipartite orange-bleue est la seule possible. Cela ne signifie pas, souligne-t-il, qu'il ne faille pas explorer certaines possibilités avec d'autres partis, notamment avec les écologistes, les autres vainqueurs des élections de dimanche. C'est donc non, a priori, à la tripartite classique. "Parce que, précise Didier Reynders, ce n'est pas ce qu'il y a de plus efficace et parce que nous ne voulons pas d'une réforme de l'Etat". De plus, les socialistes flamands ont opté pour l'opposition, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne soutiendraient pas une réforme de l'Etat. "Pour le reste, précise-t-il , je ne suis pas demandeur d'une formule large."

4 Comment faire évoluer le CD & V et les francophones ? Une réforme de l'Etat est-elle possible ? En coulisses, pour l'instant, les mandataires CD & V se rendent bien compte qu'il sera bien difficile de trouver un gouvernement, voire une majorité (avec un soutien de l'extérieur), susceptible de voter une grande réforme de l'Etat. Le CD & V aura besoin d'un peu de temps pour préparer ses troupes et ses électeurs, surtout ceux de son allié nationaliste la NVA (ex-Volksunie), à abandonner le rêve d'une grande réforme de l'Etat. Mais côté francophone, le MR (et peut-être aussi le CDH) va devoir aussi doucement préparer ses troupes à accepter le principe de certains changements institutionnels, qui ne nécessiteraient qu'une majorité simple. Lesquels ? On commencerait, par exemple, par reprendre les brouillons de feu l'accord sur Bruxelles-Hal-Vilvorde de mai 2005. À l'époque, les partis de la majorité étaient passés très près d'un accord, qui fut torpillé par Geert Lambert, le président de Spirit (l'autre lambeau de la Volksunie). La NVA accepterait-elle ce que Spirit avait dénoncé ? Et le FDF est-il prêt à des concessions sur BHV ? Si la voie est étroite, elle n'est pas totalement bouchée. Et Didier Reynders répète qu'on peut dialoguer à condition que cela se passe dans le respect mutuel.

5 A quand le gouvernement et pour quoi faire ? Pour les libéraux, le communautaire ne doit donc pas être au coeur du programme du prochain gouvernement. L'équipe qui se mettra en place devrait plutôt se concentrer sur un projet concret qui réponde aux défis économiques, sociaux, budgétaires et en termes de sécurité. Pour le président du MR, s'il ne faut pas espérer un gouvernement pour la fête nationale, il est indispensable que lors de la rentrée parlementaire, en octobre, le futur Premier ministre puisse venir présenter une déclaration de politique fédérale et un budget en équilibre.

6 Et à l'avenir, pourrait-on rejumeler les scrutins ? On vient de voter en 2007 pour le scrutin fédéral. En 2009, les Belges seront appelés à renouveler les assemblées régionales et européennes. Certains imaginaient que l'on pourrait faire recoïncider tous les scrutins, pour éviter le recours trop fréquent aux urnes qui lasse les électeurs et provoque une instabilité politique dans tous les gouvernements, pas uniquement ceux qui sont concernés par les élections. Didier Reynders est partisan de rejumeler les scrutins... mais pas avant 2014 ! Autrement dit, il estime que la législature fédérale qui s'ouvre en 2007 doit aller jusqu'à son terme, en 2011. En 2009, on voterait pour les régionales et les Européennes et en 2011, on abrégerait la législature fédérale d'un an. En 2014, on voterait alors pour tous les niveaux de pouvoir.