Belgique

Dimanche, les musulmans renouvelleront complètement l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), interlocuteur de l'Etat en ce qui concerne le temporel du culte musulman. Ces élections doivent permettre d'élire les 68 futurs membres de l'Assemblée générale des musulmans de Belgique, qui désigneront à leur tour les 17 membres du nouvel Exécutif. Mais, ces élections revêtent aussi des enjeux gigognes qui doivent à la fois marquer la fin de querelles byzantines, indiquer le niveau de mobilisation d'une communauté et permettre de faire avancer des dossiers pendants et urgents.

Car, ce renouvellement annoncé de l'EMB ne se fait pas sans douleur. Les responsables actuels -et le futur ex-président en tête, Mohamed Boulif- n'ont jamais digéré ces élections, accusant tour à tour l'Etat belge d'ingérence dans le culte musulman et de mise sous tutelle «intolérable». Dès le départ, pour l'Exécutif sortant, il n'était, en effet, pas question d'élection générale, mais bien du renouvellement partiel de l'Assemblée tel que prévu par le règlement. Point de vue toutefois pas partagé par tous, certains membres de la communauté musulmane ayant ouvertement demandé l'aide de la ministre des Cultes, Laurette Onkelinx. Motif: les dernières et nombreuses cooptations de membres de l'Assemblée auraient profondément perturbé son caractère représentatif. Bref, l'Exécutif n'était plus considéré comme représentatif.

Table rase

Pour en finir avec ces dissensions, la ministre des Cultes a donc opté pour la politique de la table rase, dans l'espoir que la nouvelle Assemblée fasse, en quelque sorte, office de constituante puisqu'elle devra formuler les futures règles qui assureront ses équilibres internes et sa représentativité. Le gouvernement a donc désigné une commission chargée d'organiser des élections en vue du renouvellement de l'Exécutif. Une commission qui a essuyé de nombreuses critiques et plusieurs recours juridiques. Certains sont encore en cours, d'autres ont été rejetés par le Conseil d'Etat.

Cependant, derrière ces querelles partisanes, les vrais enjeux sont de taille pour une communauté musulmane dont le culte n'est toujours pas traité sur le même pied d'égalité que les autres cultes reconnus en Belgique. De nombreux et sensibles dossiers sont toujours en souffrance: c'est le cas pour les fabriques de mosquées en Régions bruxelloise et wallonne (elles ne sont toujours pas reconnues) ainsi que pour la nomination, la formation et la rémunération des imams et des professeurs de religion islamique. Toutes questions qui relèvent de l'EMB. Pour les candidats à l'élection, il s'agit de problèmes à régler d'urgence car susceptible aussi de faire tomber un méchant vent d'islamophobie. D'aucuns déplorent d'ailleurs un certain manque d'informations au sein de la communauté musulmane. «Après leur avoir parlé, beaucoup de personnes m'ont dit qu'ils ne savaient pas mais que maintenant ils voulaient voter. Mais, c'est trop tard, les inscriptions sont closes», déplore Mohammed Er-Roukhou, candidat marocain à Bruxelles. Pour l'Exécutif sortant, la messe est dite. «Il est étonnant que le chiffre de 68000 électeurs inscrits soit avancé comme un succès par la commission, par comparaison aux précédentes élections de 1998 qui ont mobilisé 72000 électeurs.» Réponse dimanche.

© La Libre Belgique 2005