Belgique

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné mardi Nizar Trabelsi à dix ans de prison pour avoir préparé un attentat contre la base militaire américano-belge de Kleine-Brogel dont il comptait faire exploser la cantine à l'aide d'une camionnette piégée.

Le tribunal a estimé que la plupart des 18 prévenus condamnés mardi faisaient bien partie d'une "organisation structurée et performante" pour envoyer en Afghanistan, via une filière de faux papiers, des candidats à des formations militaires dans les camps gérés par Al-Qaida et les Talibans. Ces candidats au Jihad devaient ensuite aller se battre en Afghanistan ou en Tchétchénie ou venir en Europe pour constituer des réseaux terroristes.

Seuls 5 des 23 prévenus ont été acquittés, dont Malika E.A., l'épouse de Dahmane, un des deux hommes qui a commis l'attentat suicide qui a coûté la vie au commandant Ahmed Shah Massoud, le chef de l'Alliance du Nord tué en Afghanistan le 9 septembre 2001. Dahmane avait été envoyé en Afghanistan par la filière belge.

La complicité de Malika n'a pu être établie avec certitude, a estimé le tribunal qui souligne néanmoins que son radicalisme a pesé sur son mari et qu'elle conserve un mépris évident pour le monde occidental.

Les peines prononcées par le tribunal vont de deux ans de prison avec sursis à dix ans de prison. Six des prévenus faisaient défaut: leur arrestation immédiate, pour des peines de 4 ou 5 ans, a été ordonnée.

Dix ans avaient été requis contre Nizar Trabelsi, cet ancien footballeur professionnel tunisien de 33 ans, arrêté dans un appartement d'Uccle le 13 septembre 2001. Il avait avoué avoir préparé cet attentat après s'être rendu en Afghanistan où il disait avoir rencontré Oussama Ben Laden.

Pour le tribunal en effet, par sa tentative d'attentat, Nizar Trabelsi, qualifié "d'exalté immature" à "l'ego démesuré" a tenté de commettre "un des crimes les plus graves depuis l'indépendance de la Belgique". Le tribunal a estimé qu'il ne s'amendait pas, que sa faculté de nuire était intacte et qu'il ne fallait retenir aucune circonstance atténuante à son égard.

Seule son arrestation a mis un terme à sa détermination à finaliser son projet d'attentat, a dit la présidente du tribunal, Claire De Gryse, après avoir mis en avant la longue préparation de son attentat.

"On frémit en pensant ce qui se serait passé en Belgique si l'attentat avait été commis", a dit Mme De Gryse en citant le coût humain, l'image de la Belgique à l'étranger et la réaction de la population dont une frange aurait pu glisser vers l'extrémisme.

A l'issue du jugement, un des avocats de Trabelsi, Me Didier de Quévy, a déploré que le tribunal n'ait pas retenu, comme il l'avait plaidé, qu'il n'y avait pas eu de commencement d'exécution. Il a regretté que le tribunal n'ait pas pris en compte les remords et regrets de son client, raison pour laquelle, il envisagera, après consultation avec celui-ci, de l'opportunité de faire appel.

Abdelcrim El-Haddouti, 26 ans, qui avait acheté des produits devant servir à la confection de la bombe de Nizar Trabelsi, s'est vu infliger une peine de prison de cinq ans, conformément au réquisitoire du procureur fédéral. Pour le tribunal, El-Haddouti était un "lieutenant zélé" de Trabelsi.

Tarek Maaroufi, 37 ans, considéré par le ministère public comme une plaque tournante de l'islamisme radical en Belgique et en Europe, s'est vu infliger une peine de six ans de prison, notamment pour avoir sciemment envoyé des personnes se former dans les camps militaires d'Afghanistan. Dix ans de avaient été requis contre ce Belge d'origine tunisienne, déjà condamné en 1995 à Bruxelles à trois ans de prison avec sursis dans le cadre d'une filière de soutien au GIA algérien.

Cinq ans de prison ont été infligés à Amor Sliti, un Algérien de 43 ans qui a séjourné à cinq reprises en Afghanistan où il a guidé Nizar Trabelsi. Amor Sliti, "archétype du fondamentalisme militant prêt à tout" était bien au courant des projets d'attentat de Trabelsi lorsqu'il a quitté l'Afghanistan pour venir en Belgique, a estimé le tribunal.

Les autres prévenus présents ont écopé d'un maximum de quatre ans, éventuellement avec sursis partiel ou total.