Belgique

Dans la conjoncture actuelle, le village de Doel est connu pour sa centrale nucléaire. Selon un rapport de Greenpeace : "Au niveau mondial, l’emplacement de Doel doit être considéré comme un des six sites les plus vulnérables et, de loin, le plus vulnérable en Europe". LaLibre.be s’est rendue sur place. Reportage d’ambiance.

Encerclé par la centrale nucléaire et le port d’Anvers, le village est un jour amené à disparaître. D’abord choisi pour accueillir la centrale nucléaire, il fut ensuite sacrifié dans le projet d’agrandissement du port d’Anvers surnommé "Saeftinghedok". Malgré la fermeture des commerces et l’exode des habitants depuis les années 2000, une dizaine de riverains y vivent encore. Or, autrefois, Doel était peuplé de 900 habitants. Aujourd’hui, tout a donc changé.

© Gaëtan De Meulenaere

Le village est devenu mondialement connu. Coin de paradis pour les graffeurs, décor exemplaire pour clips de rap et photographies de charme. Le village est laissé à l’abandon et vit dans le passé depuis que ses riverains furent gentiment contraints de partir moyennant le remboursement du prix de leur maison. Les rues sont désertes, les portes des maisons absentes, les vitres brisées. Doel survit en tant qu’exposition d’art de rue à ciel ouvert. Le week-end, certains touristes affluent, un appareil photo à la main, pour capturer les derniers instants d’un village qui sera bientôt un bassin à marée d’un des plus grands ports européens.

L’église semble intacte, les haies sont taillées, le jardin tondu. Un seul commerce a visiblement survécu jusqu’à présent : Doel 5. Café favori des ouvriers de la centrale nucléaire. Contre toute attente le café est rempli. On y mange et on y boit, les travailleurs d’Electrabel y passent pendant l’heure du midi ou après leur service. On oublierait presque que dehors tout est laissé à l’abandon. La patronne n’a pas souhaité s’exprimer tandis qu’un ancien riverain nous explique : "Il y a beaucoup d’incidents la nuit ! La drogue, les vandales viennent taguer et cassent les vitres des maisons encore habitées". Un fléau pour la police locale qui ne passe plus que de temps en temps pour constater les dégâts et voir la ville se dégrader peu à peu. La solution pour empêcher ces visites nocturnes, c’est de baisser les barrières à l’entrée du village en attendant que celui-ci disparaisse définitivement.

© Gaëtan De Meulenaere

Au bout du village, un moulin typique des polders embellit le paysage industriel qui l’entoure. Non loin, le port de plaisance vit en fonction des marées et abrite quelques bateaux minuscules comparés à ceux qu’on peut voir naviguer sur l’Escaut. Les slogans sur les murs du village sont témoins de la frustration des habitants, "Doel blijft!" (Doel reste!) peut-on lire. Des photos dans un sanctuaire improvisé rappellent que Doel a un jour été un village plein de vie avec son école, son église et sa petite place.