Belgique

Les entreprises privées s’organisent et pas les publiques. Pourquoi ? Et en plus, elles paient des impôts...

Christine Mattheuws

Présidente du Syndicat neutre pour indépendants (SDI)

www.sninet.be Vous plaidez en faveur du service minimum. Pour quelles raisons ? Nous en avons marre et ce n’est pas la première fois. Qu’il s’agisse de bpost, de la SNCB ou de la Stib, ces organismes publics font la grève dès qu’ils ne sont pas d’accord avec une décision de leur hiérarchie. Ils ne se préoccupent pas des entreprises privées qui s’efforcent de travailler normalement et qui paient des impôts... dont bénéficient ces mêmes sociétés publiques. Sans vouloir me mêler des affaires des grévistes, j’estime que nos entreprises ont droit à un service minimum. Trouve-t-on normal, par exemple, qu’une société bruxelloise, qui a subi depuis vendredi la grève des services postaux, ait éprouvé les mêmes problèmes lundi, auxquels s’est ajoutée mardi la paralysie des transports en commun ? Déjà que la crise n’est pas finie et que les entreprises s’efforcent de s’en sortir malgré tout... Concrètement, comment sont-elles pénalisées ? Un exemple : celui des lettres recommandées. Sont-elles bien parties ? Sont-elles bien arrivées ? Cela donne lieu à de multiples coups de fil, à des tentatives de règlement à l’amiable. Souvent, l’échéance est dépassée. C’est très énervant. Vos revendications ont-elles un écho au niveau politique ? Ô combien ! Lors de chaque grève, nous voyons affluer des messages de soutien, des lettres et des mails, de politiciens de tous les partis. Ils nous disent que nous avons raison et qu’ils vont en discuter au Parlement. Dès que le conflit s’apaise, les belles paroles s’envolent et plus rien ne bouge. Ainsi la ministre Inge Vervotte, en charge des entreprises publiques, s’est-elle déjà dite prête à discuter, nuançant immédiatement ses propos en affirmant que le service minimum serait très difficile à instaurer, entre autres aux chemins de fer. Nous lui répondons que, pour les entrepreneurs, la situation est encore plus difficile. Comment s’organisent les PME ? Ont-elles d’autres solutions ? Après tout, le service postal est libéralisé... Le problème, c’est qu’il n’y a pas encore, dans les faits, de vraie concurrence. Certes, l’email est de plus en plus utilisé, mais les opérateurs privés, qui, soit dit en passant, ne tolèreraient jamais de telles manifestations de mauvaise humeur, n’occupent pas encore le terrain. C’est encore plus vrai dans les transports en commun. Les utilisateurs sont pris en otage alors qu’ils n’y peuvent absolument rien. Vous reconnaissez que l’instauration d’un service minimum ne serait pas chose aisée. Quelles sont vos recommandations à cet égard ? Même si ce n’est pas mon rôle de mettre un tel service minimum en œuvre dans les entreprises publiques, cela me paraît faisable. Ce serait relativement facile à la Stib ou à la SNCB, moins sans doute chez bpost, où il m’est revenu que dans un bureau où 200 agents devaient être là, seuls cinq étaient effectivement présents ! Si au moins le public était alerté quelques jours à l’avance, il pourrait s’organiser. Du côté des transports en commun, il est toujours possible de prévoir des trains ou des rames qui roulent en supplément. Estimez-vous que les entreprises publiques doivent aller jusqu’à réquisitionner du personnel ? Oui. Un plan est nécessaire. Il faut qu’en cas de grève, on puisse compter sur untel ou untel à n’importe quel moment. Moi aussi, on peut me joindre n’importe quand, soir et week-end compris. Et quand je suis vraiment inaccessible, quelqu’un d’autre prend mes coups de fil. Il faut s’organiser. Toutes les sociétés privées le font. Lorsque c’est une entreprise publique, c’est impraticable. Pourquoi ?

Les entreprises privées s’organisent et pas les publiques. Pourquoi ? Et en plus, elles paient des impôts...

Christine Mattheuws

Présidente du Syndicat neutre pour indépendants (SDI)

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