Belgique

Le plan non officiel et virtuel était d'arrêter Kimyongur aux Pays-Bas. Mais si ce fut fait, c'est vraiment parce que le hasard s'en est mêlé. Ce qui n'enlève rien à la polémique : jusqu'où faut-il faire quoi? Débat à la Chambre.

Il fallait s'y attendre : la révélation par "La Libre" (et "Le Soir"), mardi, de l'existence d'un compte rendu de réunion où il était indiqué que les autorités belges allaient favoriser l'arrestation de Bahar Kimyongur (DHKP-C) aux Pays-Bas, a suscité des vagues.

La ministre de la Justice, Laurette Onkelinx (PS), a logiquement adopté la même position que sa représentante à la réunion livrait la veille à "La Libre" : ce PV était un brouillon (signé par Jaak Raes, du Centre de crise, qui ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet), non officiel et non conforme aux propos tenus.

Elle estime en outre que les différents services belges, en se coordonnant, ont fait "leur travail en surveillant un membre (du DHKP-C) qui vient d'être condamné pour des faits de terrorisme". Et de confirmer aussi nos informations relatives à la recherche, via la filature de M. Kimyongur et de sa comparse en fuite, Fehriye Erdal.

Mme Onkelinx maintient que l'arrestation de l'intéressé aux Pays-Bas était fortuite. Elle a (presque) raison. Si un plan fut évoqué, en cours de réunion, pour l'arrêter à l'issue du concert (organisé pour le DHKP-C) où il se rendait, il n'a pu être mis en oeuvre. Certes, son existence n'a rien d'officiel - tout comme le "brouillon"... -, mais il semble donc qu'il ait été prévu d'essayer de détecter un éventuel contact entre Kimyongur et Erdal avant l'arrestation. Laquelle aurait eu pour objectif d'éviter un second "cas Erdal", précisément, soit la fuite annoncée de l'intéressé plus loin encore à l'étranger. On touche d'ailleurs là, admettent nombre d'observateurs, au noeud d'un problème que le Législateur n'a pas maîtrisé : si la justice et le gouvernement font explicitement en sorte que l'intéressé soit arrêté, ils entrent en contradiction avec la loi, qui ne le prévoit pas pour son cas. Et s'ils ne le font pas, ils ouvrent la porte à une fuite tout aussi mal perçue. Un "jeu" où on ne peut gagner...

Plus personne ne nie

Mais bref, il nous revient que Kimyongur aurait entamé son voyage vers le concert donné à 's-Hertogenbosch (Brabant septentrional des Pays-Bas) plus tôt que prévu et que le dispositif de filature n'était pas encore opérationnel. Mais le hasard s'en est donc mêlé. Cette nuit-là, la police hollandaise venait d'arrêter une voiture volée avec plaque belge, apprenant par son conducteur qu'une seconde, pareillement équipée, circulait non loin. Une surveillance pour "code 300 " (vol) avait été mise en place et le véhicule de Kimyongur fut arrêté de ce fait. Il n'était pas volé mais, comme tout policier, le verbalisant contrôlait malgré tout l'identité de l'intéressé, découvrant l'existence du mandat d'arrêt Interpol, le 28 avril à 1h45. Les Néerlandais ont d'ailleurs transmis un rapport au parquet fédéral belge en ce sens - dont le PV de ce verbalisant. Ledit parquet a, à son tour, transmis ce rapport au Comité P, comme l'a déclaré Mme Onkelinx mardi. Parquet qui a aussi confirmé le caractère "fortuit" de l'arrestation, comme la ministre avait annoncé un peu plus tôt qu'il allait le faire.

"En marge de ces contacts, le statut de Bahar Kimyongur a en effet été évoqué, à savoir le fait qu'il a été condamné à 4 ans de prison et qu'il était signalé à rechercher par Interpol pour le compte de la Turquie", reconnaît en outre le parquet fédéral, désormais.

Contacts avérés

Si on attend pour bientôt le rapport d'enquête du Comité P ("Nous avons posé des questions à toutes les personnes intervenues dans ce dossier, y compris dans les cabinets ministériels", nous a déclaré son président André Vandoren), la sortie du rapport annuel du Comité R, dont il se dit qu'il contient son lot de révélations désagréables sur le sujet, semble en revanche sujette à des tiraillements à la fois internes et externes (la Commission parlementaire qui le gère pourrait se réunir fin de semaine). Tout cela ne vide toutefois pas la polémique sur le contenu réel de la réunion spéciale du 26 avril (LLB 19/9) ni sur le fait (que, enfin, plus personne ne nie) qu'il y a bien eu des contacts transfrontaliers, pour Kimyongur. La ministre de la Justice répondra à plusieurs questions parlementaires sur le sujet, ce mercredi après-midi à la Chambre.