Belgique

En avril 2014, honoré, par ses pairs députés wallons, pour sa longévité au sein de l’assemblée régionale qu’il aura vu naître en 1980 dans un hôtel de Wépion avant de s’installer au Saint-Gilles, les parlementaires appréciaient une dernière fois le talent oratoire, la verve qui fait mouche et cet écrasant charisme que Serge Kubla aura imposé trente ans durant au cœur de la vie politique wallonne. Au moment de la quitter pour se consacrer un peu plus à sa ville de Waterloo, au golf, aux cigares et à la bonne chère, il avait le sourire satisfait de ceux qui ont le sentiment de ne pas avoir failli.

Honneur encore, en septembre 2014, lorsque le gouvernement wallon le fait officier du mérite wallon. Ravi, et ne boudant pas son plaisir, il ne savait sans doute pas que 2015 serait l’année d’une forme de déshonneur qui le verrait passer des salons cossus du Cercle de Wallonie, et autres du même genre dont il raffole, à la grisaille de la tôle, à l’infamie d’une geôle où les cigares qu’il préfère gros sont sans doute proscrits.

Le fils d’un immigré tchèque

C’est en 1947, à Bruxelles, que ce fils d’un immigré tchèque, ouvrier brassicole arrivé en Belgique en 1929, voit le jour. A Dinant, où ses parents s’installent, il passe sa jeunesse, avant de tenter des études de commerce à Solvay. Il ne les terminera pas, même si son CV laissera longtemps planer l’ambiguïté sur cette question. Ce diplôme qu’il n’a pas, blessure intime et mal soignée, ne l’empêchera pas d’occuper de hautes fonctions quelques années plus tard.

La politique, elle le prend à la fin des années 70, lorsqu’il se met au service de Jean Gol, alors secrétaire d’Etat à l’Economie régionale wallonne sous la bannière du PRL. En 1977, le Dinantais s’est installé à Waterloo où, parfait inconnu, il parvient à se faire élire. Et c’est en tant qu’échevin des Sports et député à la Chambre qu’il commence sa carrière de mandataire politique. Le maïorat, il l’attrapera six ans plus tard et ne le lâchera qu’entre 1999 et 2004 pour devenir ministre wallon de l’Economie, de la Recherche, des Technologies nouvelles et du Tourisme.

Il est au sommet de sa carrière et s’implique avec vigueur dans cette fonction qui, pour la petite histoire, devait revenir à Gérard Deprez. Lequel refusa de siéger au sein du gouvernement wallon "arc-en-ciel" avec cette modestie qui n’appartient qu’à lui.

Serge Kubla ne se fait pas prier, endosse l’habit et les ors de numéro deux du gouvernement wallon, et s’illustre dans les dossiers économiques wallons importants de l’époque. Au Parlement, on découvre alors ses qualités oratoires, souvent imitées, jamais égalées. D’un mot, il met en boîte celui qui le contrarie… ou pas. Il a, à tout moment, au bord des lèvres, la phrase qui tue. Celle aussi qui met les rieurs de son côté. On se rappelle qu’un jour, en commission où, redevenu député, il relève que le supplice du pal "commence bien mais finit mal".

Une canette de bière

On lui attribue également une citation qui prend un sens plus gênant aujourd’hui : "Chaque fois qu’on prend les socialistes la main dans le pot de confiture, ils décident d’interdire la confiture".

Mais son parcours ministériel ne fut pas non plus un long fleuve tranquille. Beaucoup lui reprocheront son incapacité à négocier correctement avec Bernie Ecclestone, le puissant patron de la F1, pour l’organisation du Grand prix de Francorchamps. Dans ce dossier, Kubla n’hésita pas à aller à Londres pour sauver la prestigieuse épreuve qui risquait d’échapper de manière durable à la Wallonie. Elle y restera au prix d’une garantie financière élevée, d’un contrat en anglais signé par des lampistes qui n’en comprenaient pas un traître mot et un coût inévitable pour le contribuable wallon.

C’est encore sous son règne qu’éclatent le conflit social des Forges de Clabecq et un nouveau débat important autour de l’avenir de la sidérurgie wallonne, où il mouillera la chemise… et le veston, lorsqu’un manifestant en colère lui balancera une canette de bière.

En 2004, quand il quitte le gouvernement wallon pour revenir, comme chef de groupe MR, dans l’opposition, il laisse généreusement, à son successeur, un magnifique humidificateur à cigares, une belle cave à vin et quelques regrets.

Il passera encore dix ans au Parlement wallon. Cinq comme chef de groupe et cinq autres comme député finissant et peu présent, fatigué sans doute et lassé, peut-être, des joutes oratoires qui ne l’amusent plus. Il se fera quand même remarquer en provoquant l’ire de Didier Reynders auquel il reproche, plus ouvertement que d’autres, le cumul entre la présidence du parti et sa fonction ministérielle.

Il doit repenser à tout cela, toujours conscient, sans doute, que la chute est rarement aussi belle que l’ascension.