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Les criminels sont souvent trahis par leur ADN. Une très petite trace d’acide désoxyrubonucléique permet de retrouver le profil génétique de celui auquel il appartient. Il en fut longuement question, lundi, lors du procès de Léopold Storme qui doit répondre, devant la cour d’assises de Bruxelles-Capitale, du triple meurtre de ses parents, François-Xavier Storme et Caroline Van Oost, et de sa sœur, Carlouchka Storme, le samedi 16 juin 2007 dans leur magasin de tissus de la rue des Capucins, en plein cœur du quartier des Marolles.

Lors de la descente sur place après la découverte des corps, de nombreux prélèvements de sang ont été effectués dans le magasin, sur la porte, les murs du couloir, le sol du trottoir, le bureau et, en très grand nombre, dans la pièce du fond où furent retrouvés les corps du père et de la sœur de Léopold.

Six profils différents ont ainsi été dressés à partir de traces de sang retrouvées sur les lieux des meurtres : celui de l’accusé, Léopold Storme, 19 ans à l’époque; ceux des trois victimes et deux appartenant à des inconnus, X et Y, qui n’ont pu être identifiés. Les enquêteurs ont précisé qu’il n’était pas possible de dater l’ADN.

Le profil du premier inconnu (Y) a été dressé au départ de deux minuscules traces de sang trouvées sur un mur longeant un escalier, à l’avant du magasin - où, dans aucune version de Léopold Storme, les agresseurs ne se seraient rendus. L’ADN de l’autre inconnu (X) a été lui retrouvé sur deux des trois palettes qui se trouvaient près des corps. Pour tenter de l’identifier, des prélèvements de salive ont été effectués sur des amis de l’accusé, le propriétaire des lieux et son fils. Résultats négatifs. Les semelles des pompiers, des ambulanciers, des urgentistes ont aussi été examinées. Négatif.

Alors, X et Y sont-ils oui ou non liés aux faits ? A moins que leurs traces aient déjà été présentes avant le drame ? Ou que ou la contamination ait été postérieure au 16 juin. Impossible à déterminer avec certitude. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aucune empreinte ADN attribuée à X ou à Y n’a été retrouvée sur les corps des victimes. En revanche, on a décelé l’ADN de Léopold Storme - et de lui seul - sur la chaussure droite et les poches (qui ont été retournées) du pantalon de son père, sur la poche arrière gauche et la cuisse intérieure droite du pantalon de sa sœur On a aussi retrouvé l’ADN de l’accusé à 15 endroits du bureau où gisait le corps de la maman. Par exemple sur la caisse métallique - que Léopold prétend ne jamais avoir touchée.

Au total, les traces du fils Storme ont été retrouvées 53 fois sur place. Et notamment dans une tache de sang sur la la montre Breitling de François-Xavier Storme, qui avait glissé sous une palette. "C’est un élément particulièrement pertinent et significatif", estime la juge d’instruction Berta Bernardo-Mendez. L’état de la montre donne à penser qu’elle s’est brisée au cours de la bagarre avec "une personne en prise directe" avec la victime. Rappelons que l’autopsie du corps de François-Xavier Storme a montré des lésions de défense au niveau des mains. C’est une petite goutte du sang de l’accusé qui a été retrouvée à hauteur de la charnière brisée de la Breitling, comme l’ont montré les résultats de l’enquête ADN.

Trois semaines après les faits, les lunettes de Léopold Storme ont été saisies dans sa cellule. Le jeune homme avait affirmé avoir reçu d’un de ses agresseurs un coup sur la tempe qui l’avaient mis KO pendant 15 à 20 minutes. Les enquêteurs ont voulu vérifier l’état de la monture. A part quelques griffes dues à l’usage, aucune trace de coup. En revanche, trois petites traces de sang ont été repérées. Du sang de sa maman et de Carlouchka.

Les enquêteurs ont encore détaillé lundi les informations retrouvées sur l’ordinateur portable dont se servait l’accusé et qu’il avait formaté peu avant les faits - il a fallu récupérer les fichiers.

De l’examen de ceux-ci, il apparaît que le fils Storme avait récemment cliqué sur des sites en rapport étroit avec sa consommation et son deal de drogues. Et qu’il a consulté, le 14 juin, soit deux jours avant les meurtres, le site de la SNCB pour obtenir des horaires de train, notamment pour un Bruxelles-midi-Ostende le samedi 16 juin, alors qu’il devait, en principe, rester à la côte jusqu’au dimanche soir. Autre bizarrerie, non expliquée par l’accusé : pourquoi recherche-t-il des informaions pour cet itinéraire-là, alors qu’il prend d’habitude le train Bruxelles-Central-La Panne pour se rendre dans l’appartement familial, comme en atteste le Go Pass retrouvé dans son portefeuille ?