Belgique

La mise en scène du discours que prononcera l'ancien président des libéraux francophones, le ministre d'Etat Daniel Ducarme, ce samedi devant les instances du MCC (Mouvement des citoyens pour le changement) de Gérard Deprez (qui ignorait jusqu'à hier la teneur des propos) a été soignée - avec, cerise sur le gâteau, un article dans le quotidien français "Libération".

Le MR Daniel Ducarme, dans ce discours, expliquera "avoir été touché au plus intime dans (sa) fierté francophone par l'union de tous les partis flamands" qui ont rompu la "loyauté fédérale", notamment lors du vote du 7 novembre dernier sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il s'agit, pense Daniel Ducarme, d'un "tournant irrémédiable". Il s'agit, ajoute-t-il, "d'un acte de sécession sur les valeurs, un divorce de la volonté de vivre ensemble". Pour le libéral, l'heure est donc venue de préparer "un avenir francophone", car "la Belgique est à bout"... Daniel Ducarme établit, ensuite, la comparaison entre la chute de la dictature de Salazar au Portugal en avril 1973 - "la révolution des oeillets" et la "révolution des chrysanthèmes" (7 novembre 2007, vote flamand sur BHV).

Et Ducarme de plaider pour la création d'une "Belgique française" qui unirait les régions de Bruxelles et de Wallonie, éventuellement étendue aux cantons germanophones de l'Est.

Polynésie française

Daniel Ducarme explique ne pas croire à "l'efficacité d'un micro Etat isolé dans l'Union européenne", ce que tendrait à être une Belgique larguée par la Flandre, le libéral propose donc une autre formule qu'un rattachement pur et simple à la France, car "nous avons une identité particulière à faire respecter". "Je ne suis en aucun cas rattachiste, insiste Ducarme, mais si la Flandre nous largue, il faudra bien nous prendre en main." La formule que le MR appelle de ses voeux est une "association" de la Belgique avec la France. Concrètement, certains postes, comme la Politique étrangère et la Défense, seraient confiés à la France. Ainsi, pour Daniel Ducarme, la "Belgique française" aurait un statut quasiment analogue à celui de la Polynésie française...

Ecrire que la sortie de l'ancien président du PRL est concoctée en parfaite harmonie avec les instances du MR serait aller un pas trop avant. Pourtant, confirme un responsable du MR, "Daniel Ducarme n'est pas un électron libre. Il est totalement intégré à la sphère libérale". La "sortie" n'a toutefois pas été discutée directement avec le président du MR Didier Reynders, elle n'a pas non plus été soulevée lors de l'intergroupe parlementaire de ce vendredi - dédié à la crise politique (lire en page 8).

"Révolution de l'Iris"

Une large partie du discours de Daniel Ducarme, dont "La Libre" a obtenu copie, est consacrée à l'avenir de la Région bruxelloise, région dont il fut ministre-président. "Le Bruxellois doit être maître chez lui", insiste le libéral. Qui plaide pour "l'auto-détermination bruxelloise" : "une Région bruxelloise forte autour des 19 communes" et une Région, plus large , "Bruxelles-Ile d'Europe" englobant la périphérie et dont les habitants se prononceraient par voie référendaire sur leur avenir. C'est "la révolution de l'Iris" : pas de tutelle fédérale ni de cogestion par la Flandre et la Wallonie pour les Bruxellois.

Enfin, le libéral réclame l'"autonomie constitutive et financière" pour Bruxelles, il réclame également davantage de cohérence et de rationalisation dans l'organisation des institutions et organes bruxellois. "Que penser, interroge Daniel Ducarme, du fait que le ministre-Président bruxellois ait moins de pouvoir que le maire de Paris ?" "J'appelle la rationalisation du mode de fonctionnement de mes voeux : trop de temps, trop d'argent gaspillés ou mal utilisé à cause du fractionnement du pouvoir et des compétences."

Ainsi, détaille encore M. Ducarme, "certaines matières gérées au niveau communal, comme la Culture, l'Aide sociale ou la gestion des zones de police, pourraient-elles être confiées à la Région bruxelloise".