Belgique

La présence de Marc Dutroux et de Michel Lelièvre dans les Ardennes, effectuant des reconnaissances avant l'enlèvement de Laetitia Delhez, a été attestée par des témoins, a expliqué jeudi le juge d'instruction Jacques Langlois devant la cour d'assises.

Les deux hommes, en aveux, ont donné des versions similaires. Laetitia, 14 ans, a été suivie le 9 août à la sortie de la piscine de Bertrix par Marc Dutroux. Michel Lelièvre, au volant d'une camionnette avec la portière latérale ouverte, l'a interpellée à son passage. Marc Dutroux l'a alors jetée dans le véhicule avant de l'endormir. Laetitia est restée six jours à Marcinelle. Elle a rejoint Sabine Dardenne dans la cache le 12 août.

Marc Dutroux l'a conditionnée comme il l'avait fait à ses précédentes victimes, a dit le juge. Il lui a fait croire que ses parents ne voulaient pas payer de rançon et qu'il était là pour la protéger d'un chef qui aurait pu la tuer. Elle devait ainsi se cacher et rester silencieuse si elle entendait d'autres voix que celle de Marc Dutroux. "Tout le mal que je peux te faire, c'est te faire l'amour", a dit Marc Dutroux à Laetitia qu'il a violée à trois reprises et contrainte à prendre des contraceptifs.

Contacts Nihoul-Dutroux étrangers à Laetitia

Jacques Langlois a également conclu jeudi que les nombreux appels entre Michel Nihoul et Marc Dutroux dans les jours entourant l'enlèvement de Laetitia Delhez sont "manifestement en rapport avec la problématique de la voiture de Michel Nihoul comme tous les inculpés le soutiennent". Il n'y a aucun élément au dossier qui montre une quelconque relation avec la séquestration et l'enlèvement, a ajouté M. Langlois.

Enlevée le 9 août 1996, Laetitia Delhez, a été libérée le 15 août 1996 de la cache de Marcinelle. Michel Nihoul n'est inculpé que pour cet enlèvement et cette séquestration mais aucun des accusés ne l'implique.

Trois éléments soutiennent son inculpation, a précisé M. Langlois: des témoins ont vu Michel Nihoul à Bertrix, la remise de 1.000 pilules d'ecstasy par Nihoul à Lelièvre le 10 août et les nombreux appels téléphonique entre les accusés à cette période.

Aucun élément ne permet d'établir un lien entre le trafic avéré de stupéfiants et les faits d'enlèvement et séquestration, a rappelé M. Langlois qui s'était longuement expliqué sur le sujet mercredi.

Il a longuement décortiqué, tableaux à l'appui, les trois périodes au cours desquelles les accusés sont restés en contact téléphonique. Et le juge, qui a répété qu'il fallait être prudent, d'avancer des explications précises pour justifier ces appels. Il a cité les travaux d'expertise immobilière réalisés par Nihoul sur une maison insalubre de Dutroux où voulait se domicilier Lelièvre pour recevoir des allocations de chômage pour la période octobre et novembre 1995. Il a invoqué le trafic d'ecstasy pour juin 1996.

Les appels se précipitent entre le 24 juillet 1996 et l'arrestation de Dutroux, Lelièvre et Martin le 13 août 1996. Il a estimé que les explications des accusés, corroborées par des éléments de fait vérifiés, sont convaincantes.

Pour M. Langlois, tout tourne autour de la voiture en panne de Michel Nihoul, qui devait être réparée par un ami de Michel Lelièvre à Fleurus et que Marc Dutroux est allé chercher à Bruxelles avec sa voiture plateau. Pour chacun des quelque 30 appels, M. Langlois a cité un motif qu'il estime vraisemblable.

Le juge s'exprimera jeudi après-midi sur les témoignages faisant état de la présence de Michel Nihoul à Bertrix les jours précédant l'enlèvement de Laetitia.